[remembrance] prague, 1969

VoyageIdéalement ce billet aurait dû être publié le 3 juillet...

Mais je n’y ai pas pensé alors, et ce n’est que ce matin que l’excellente émission Estivalitude de Christophe Bourseiller sur France Inter a ranimé ma mémoire et mon inspiration très défaillantes ces temps-ci.
Olivier Barrot (Boréales, Gallimard) y a raconté son plus incroyable souvenir de vacances.
C’était l’été 68.
Il était arrivé à Prague en 2CV et logeait dans une auberge de jeunesse.
Au matin du 21 août, il est réveillé par le vacarme des avions militaires qui survolent la ville et des chars soviétiques qui l'envahissent...

Mon souvenir de vacances praguoises est beaucoup plus léger, pourtant il remonte à peu près à la même époque, l’été suivant.

Lire la suite "[remembrance] prague, 1969" »


[lu] nous qui restons vivants, roman de david rochefort

Éditions Gallimard, mai 2019,lien 189 pages, 17 euros 50

en 4ème de couve : «Longtemps, Sacha et moi avions été inséparables. Nous nous étions choisis pour grandir ensemble. C’était il y a quinze ans. De cette période, il ne me reste plus que quelques visages aux contours flous : mes parents adoptifs, qui s’occupaient si peu de moi ; Vadim, le père de Sacha, un colosse, un écrivain, qui croyait être l’éminence grise d’une mairie communiste ; Olga, la mère de Sacha, universitaire issue d’une famille de Russes blancs ; quelques amis, que j’avais cessé de fréquenter. J’avais cherché à enfouir ces souvenirs pour refaire ma vie, renaître ailleurs. J’habitais désormais avec Maïa et mon fils Ilias. J’avais un métier que je ne comprenais pas, effectuant des tâches dénuées de sens, sous les ordres de celui qu’on surnommait le Caporal. Je ne parlais plus à personne. En quelque sorte, j’avais réussi à m’arracher à mon passé et à faire de mes journées une surface lisse, sans événements et sans émotion.  Pourtant, ce matin-là, quand Maïa me tira de mon lit à l’aube et me chassa sans que je sache de quel crime j’étais coupable, je sus que cette journée ne serait pas comme les autres. Vadim, Olga et Sacha allaient revenir dans ma vie, de la plus étrange des façons.» — David Rochefort est né à Paris en 1980. "Nous qui restons vivants" est son troisième roman publié par les éditions GallimardDavid Rochefort n'a pas donné de nom au narrateur de 45 ans dans Nous qui restons vivants (beau titre !), son troisième roman.
Par pure commodité je m'autorise hardiment (mais indûment, pardon) à le baptiser [Antoine] dans cette note de lecture : ça m’épargnera les mentions impersonnelles comme héros, personnage central, conteur, protagoniste principal, etc..

En se retournant sur son passé [celui qui ne s'appelle pas Antoine] distingue trois périodes inégales ; celle du milieu est la seule qui lui parait digne d'avoir été vécue, c'est aussi la plus courte, une parenthèse intense : cinq à dix ans, pas plus, d'amitié estudiantine entre Nanterre et le Quartier latin avec le brillant Sacha et son entourage familial et amical. Avant, c'était une enfance tristoune à Puteaux, des parents adoptifs plutôt absents et pressés de se débarrasser de lui dès sa majorité. Après, c'est une petite vie de famille rétrécie, une femme, un garçonnet, et un boulot : anesthésiant au mieux, destructeur au pire. Mais c'est son choix, il assume : il s'est isolé volontairement, coupé de ses amis, pour se sauver d'une menace existentielle diffuse. Il s'accroche à son travail de bureau aliénant, bien décidé à résister le plus longtemps possible au harcèlement d'un chefaillon obtus et aux interactions stériles avec ses collègues. Ce matin-là pourtant, quinze ans après sa rupture avec Sacha, sa routine d'évitement vole en éclats quand il lit dans le journal l'avis du décès à l'âge de soixante-cinq ans de Vadim Mouchkine, le père de son ami.

Lire la suite "[lu] nous qui restons vivants, roman de david rochefort" »


[carnet] jaseries de mai, où l'on voit que je rentabilise mon adhésion à la maison de la poésie

peinture de mon amie Kate Lynch : "Andrew Hecks in the Glastonbury orchard, blossom time"  katelynch.co.uk ; son mari James est également peintre : www.james-lynch.co.uk
"Andrew Hecks in the Glastonbury orchard, blossom time" (c) Kate Lynch

Je venais vous écrire que je passais (shuntais) le mois de mai... de ne pas vous inquiéter : j'ai fait ce qui m'a plu en mai, mais je ne voyais plus trop l'intérêt de ce petit rétro-agenda (adenga) mensuel public. Du coup je n'avais rien de prêt. Et mauvaise conscience, un peu.

Coïncidence culpabilisante, je suis tombée hier sur un site anglo-saxon qui porte mes initiales ; je ne connaissais pas ce sigle apparemment usité,
TBR : To Be Read.

Ce rappel tombe bien, j'ai deux articles pour des livres TBR dans le tuyau de juin, restez vigilants, je ne lâche pas tout, pas encore !
A défaut d'inspiration, l'esprit de l'escalier s'est finalement manifesté timidement : des éclats d'idées faiblards et pas très nets ; faute de mieux, les voici tels que, en vrac.

Lire la suite "[carnet] jaseries de mai, où l'on voit que je rentabilise mon adhésion à la maison de la poésie" »


[carnet] mes jaseries d'avril

jaserie : subst. fém. [ʒɑzʀi], [-a-] ; synon. de babillage. La jaserie avant le langage est la fleur Qui précède le fruit (Hugo, Légende, t. 4, 1877, p. 857)

muguet (de jardin) à La Bretesche, 2019Il est revenu bien vite, le temps du muguet.

Mai me prend de vitesse : mon carnet d'avril est tout maigre, alors ce mois-ci ce sera une jaserie de récup, le recyclage d'un billet d'avril il y a dix ans, déjà...

En avant-propos, au débotté, la surprise que je viens d'avoir en trouvant dans Le grand n'importe quoi1 de Jean-Pierre Marielle sa déclaration d'admiration pour Henri Calet :

“ Son écriture me bouleverse, son attention à l'humanité, qu'elle le déçoive ou l'encourage, la limpidité de ses phrases, sa modestie désespérée, son attention aux autres, son honnêteté viscérale me touchent, sa poésie va au fond du cœur.
Vous n'imaginez pas l'état dans lequel me transportent ses livres. Si celui-ci doit servir une cause, que ce soit celle de son œuvre. Il est de mon devoir de partager cette passion. Vous me remercierez plus tard. ”

Le grand Jean-Pierre écrit encore, parlant de Calet : “ Né Américain, il aurait eu la notoriété d'un Raymond Carver. ”
————
1. avec Baptiste Piégay, Calmann-Lévy, 2010

Lire la suite "[carnet] mes jaseries d'avril" »


[notre-dame] extraits du journal intime de marc-edouard nabe

Pas d'illustration, pas d'image : on en voit trop depuis hier 15 avril 2019 vers 19 heures.

Je l'ai déjà fait plusieurs fois ici : illustrer un événement par des extraits tirés du Journal intime de Marc-Edouard Nabe qui s'y rapportent ou le rappellent ; parce que je les trouve pertinents, ou impertinents, tout simplement beaux, superbement écrits et génialement évocateurs même (surtout ?) avec le recul du temps.
Les quatre volumes (3915 pages) couvrent les années 1983 à 1990 ; à la fin de chaque tome (Nabe's Dream, Tohu-Bohu, Inch'Allah, Kamikaze) : un formidable index (noms de personnes, de lieux, d’œuvres, personnages, etc.).
Rien de plus facile que de les utiliser pour retrouver les pages où Nabe parle de Notre-Dame de Paris : un jour de Pâques il y a trente ans, une procession du 15 août, une messe de minuit en 1987...

Lire la suite "[notre-dame] extraits du journal intime de marc-edouard nabe" »


[carnet] mes petites jaseries de mars, numéro spécial philippe jaenada

jaserie : subst. fém. [ʒɑzʀi], [-a-] ; synon. de babillage. La jaserie avant le langage est la fleur Qui précède le fruit (Hugo, Légende, t. 4, 1877, p. 857)

"The Ladder to the Moon, Spring Equinox", peinture de James Lynch, www.james-lynch.co.uk  — mon amie Kate, sa femme, est aussi peintre et également talentueuse : www.katelynch.co.uk
"The Ladder to the Moon, Spring Equinox" (c) James Lynch

Je commence à composer ce billet de mars le dimanche soir (20 heures 50, heure d'été), dernier jour du mois, mais je pressens qu'il ne va pas “partir” avant deux trois jours, et qu'il ne fera pas une taille xxl...

Hier (samedi 30 mars, donc) j'étais à la Maison de la Poésie lien à 10 heures (heure d'hiver) du matin.
Drôle d'horaire pour une rencontre littéraire.
Pourtant la salle est bien remplie. Les participants sont un peu engourdis comme le remarque Philippe Jaenada, goguenard, en posant son impérissable sac matelot écossais à ses pieds sur la scène :
— Vous pouvez parler entre vous !
Voix, physique, style, tout s'accorde dans la gamme costaud et solide, sans fantaisie inutile (à part le sac et une broche/clip que je n'ai pas identifiée).
J'ai déjà entendu PJ une ou deux fois, mais j'en redemande, alors trois heures de master class, j'allais pas rater ça.

Lire la suite "[carnet] mes petites jaseries de mars, numéro spécial philippe jaenada" »


[lu] les captifs du zoo, récit de vera hegi

éditions La Bibliothèque,lien collection L'Ombre animale, 2014, 192 pages, 14 euros

Les animaux, les gardiens, les visiteurs, le zoo est un monde dont Vera Hegi dévoile les coulisses, l’étendue et la complexité. Gardienne de zoo en URSS dans les années 30, elle a cette juste vision qui fait tant de bien à l’homme du parti pris des animaux. Elisabeth de Fontenay, l’auteur du Silence des bêtes, préface ce précieux témoignage. — Préface d’Elisabeth de Fontenay. Postface de Michel Ellenberger. Illustré  par Emilie EllenbergerTout est étonnant dans ce beau petit livre rouge. Qui l'a écrit, qui l'a publié, et quand. Ce qu'il raconte aussi, bien sûr.
Des histoires de bêtes, on s'en doute un peu ; mais si ce n'était que cela, le titre aurait-il cette forme redondante, énigmatique, presque roublarde ?
D'ailleurs le mot animaux ne figure pas non plus dans le sous-titre : Souvenirs d'une gardienne de jardin zoologique.

Vera Hegi est un pseudonyme, celui d'Esther Ellenberger, dite Émilie, née Von Bachst au début du vingtième siècle en Sibérie orientale dans une famille de la haute bourgeoise russe. Dans sa postface, son fils Michel Ellenberger n'est guère précis sur la biographie de sa mère (dates, lieux) car explique-t-il, s'étant méfiée sa vie durant des "grandes oreilles" des services de renseignement soviétiques, elle ne voulait fournir aucune information précise sur les circonstances de sa fuite de Russie suivie de ses installations successives en France, Suisse et Canada.

La gardienne du zoo, c'est elle : à Moscou, juste après la Révolution d'Octobre, au début des années 20.
Séparée de sa famille à la prise de pouvoir des bolchéviques, la jeune fille gagne la capitale soviétique dans l'espoir (déçu) de pouvoir étudier les beaux-arts. Sans ressources, passionnée par le dessin et les animaux, elle trouve un emploi alimentaire au zoo.

Lire la suite "[lu] les captifs du zoo, récit de vera hegi" »


[carnet] mes jaseries de février

jaserie : subst. fém. [ʒɑzʀi], [-a-] ; synon. de babillage. La jaserie avant le langage est la fleur Qui précède le fruit (Hugo, Légende, t. 4, 1877, p. 857)

vacances en Bretagne, fin des années 50, mes parents ont autour de 35 ans (l'âge de mes enfants aujourd'hui) — Suzel (3 octobre 1921 - 11 mai 2007), Charles (24 août 1920 - 5 février 2019)Orpheline : il faudrait un autre mot pour signifier la perte du dernier survivant de ses parents lorsqu'on est soi-même bien avancée en âge.

L'écrivain et psychanalyste belge Lydia Flem écrit1 :

“ A tout âge, on se découvre orphelin de père et de mère. Passée l'enfance, cette double perte ne nous est pas moins épargnée. Si elle ne s'est déjà produite, elle se tient devant nous. Nous la savions inévitable mais, comme notre propre mort, elle paraissait lointaine et, en réalité inimaginable. Longtemps occultée de notre conscience par le flot de la vie, le refus de savoir, le désir de les croire immortels, pour toujours à nos côtés, la mort de nos parents, même annoncée par la maladie ou la sénilité, surgit toujours à l'improviste, nous laisse cois. ”

——————
1. in: Comment j'ai vidé la maison de mes parents (Seuil 2004, Points 2013)

Lire la suite "[carnet] mes jaseries de février" »


[lu] nécrologie du chat, roman d'olivia resenterra

Serge Safran éditeur, mars 2019,lien 160 pages, 14 euros 90

4è de couverture : Un matin d’hiver, Ana quitte le lotissement qu’elle habite à la périphérie d’une petite ville perdue dans la campagne. Au bout de son bras, une caisse en plastique contenant le corps de son chat mort. Désemparée, marchant au hasard, à la recherche d’un lieu pour enterrer l’animal, Ana est confrontée à l’incompréhension et la cruauté des différentes personnes qu’elle croise sur son chemin : un fermier célibataire et sa gouvernante prête à tout pour éliminer une potentielle rivale, une famille de cyclistes menée par un père autoritaire, un gardien de cimetière pour animaux, spécialiste des obsèques « sur mesures », un duo de criminels en cavale… Pendant ce temps, un renard, qui semble tout droit sorti d’une fable, rôde aux alentours… — Olivia Resenterra, née à Rochefort-sur-mer en 1978, a étudié les lettres et la philosophie à Poitiers, Salamanque et la Sorbonne. Elle est l’auteur d’un essai, Des femmes admirables, portraits acides, publié aux éditions PUF en 2012 et d’un roman, Le Garçon, scènes de la vie provinciale, aux éditions Serge Safran en 2016.Le chat d'Ana ne griffera plus.
Par bonheur pour nous, Olivia Resenterra, son exécutrice testamentaire littéraire, le fait à sa place.

Ce deuxième1 roman est un coup de griffe : incisif, rapide, inattendu.

Voilà donc Ana un peu déboussolée cherchant l'endroit pour une sépulture digne du matou décédé qu'elle transporte dans son panier de voyage.
Commence alors Nécrologie du chat, dernier voyage du félin et de sa maîtresse, en forme d'odyssée miniature : trois jours d'errance hivernale, de brèves rencontres inutiles, de dialogues de sourds.
Une boucle de quelques kilomètres qui ramène le lecteur au point de départ, un peu sonné, mais admiratif de la maestria de l'auteur qui fait tant avec si peu.

En pointant la frimousse du chat sur l'image à gauche, vous lisez la quatrième de couverture qui détaille le périple funéraire d'Ana mieux que je ne saurais le faire. Je m'aperçois qu'il y manque quand même la toute première rencontre : la concierge de l'immeuble duquel Ana sort dans les premières pages.
On ne peut pas tout dire quand on fait le résumé pour le dos d'un roman... C'est bien, ça me laisse un peu d'initiative !

 

———
1. le premier : Le Garçon, scènes de la vie provinciale, Serge Safran éditeur, 2016

Lire la suite "[lu] nécrologie du chat, roman d'olivia resenterra" »


[masse critique, babelio] l'appel, roman de fanny wallendorf

Finitude, janvier 2019,lien 352 pages, 22 euros
lu pour l'opération Masse Critique de Babelio lien (on choisit un livre dans une liste de nouveautés, on reçoit le livre, on donne son avis sur le livre, on le partage)

4è de couv : Richard est un gamin de Portland, maladroit et un peu fantasque. Comme tous les adolescents de l’Amérique triomphante du début des années 60, il se doit de pratiquer un sport. Richard est grand, très grand même pour son âge, alors pourquoi pas le saut en hauteur ? Face au sautoir, il s’élance. Au lieu de passer la barre en ciseaux, comme tout le monde, il la passe sur le dos. Stupéfaction générale. Cette singularité lui vaut le surnom d’Hurluberlu. Il s’en fiche, tout ce qu’il demande, c’est qu’on le laisse suivre sa voie. Sans le vouloir, n’obéissant qu’à son instinct, il vient d’inventer un saut qui va révolutionner sa discipline. Les entraîneurs timorés, les amitiés et les filles, la menace de la guerre du Vietnam, rien ne détournera Richard de cette certitude absolue : il fera de son saut un mouvement parfait, et l’accomplissement de sa vie.   « Il n’a rien prémédité, il a laissé faire, c’est comme si son mouvement avait pensé pour lui. » —  Fanny Wallendorf est romancière et traductrice. On lui doit la traduction de textes de Raymond Carver, des lettres de Neal Cassady (2 volumes, Finitude, 2014-2015) et de Mister Alabama de Phillip Quinn Morris (Finitude, 2016). L’appel est son premier roman.

Je me souviens que mon pied d'appel était le droit, ce qui me singularisait un peu mais ne me consolait ni de mon inaptitude crasse au saut en hauteur, ni de mon exécration des séances de plein air.
C'est dire si j'ai pris des risques en choisissant un premier roman de trois cent cinquante pages sur la technique du saut dorsal !
Masochisme expiatoire...?
Finalement non, car bien — et même mieux — m'en a pris.
L'appel n'a heureusement rien du compte rendu hagiographique des exploits d'un grand sportif.
Pourtant c'est en partie la vraie fausse biographie d'un médaillé olympique, dont Fanny Wallendorf révèle elle-même la clé dans une note d'introduction :

L'Appel est un roman, il trace l'itinéraire d'un adolescent jusqu'à un point culminant de son existence. Surnommé "l'Hurluberlu", parce que gaiement obsédé par le désir de suivre sa propre voie, Richard est un personnage fictif. Je n'ai gardé, de la vie de [Dick] Fosbury, que les faits sportifs et quelques détails qui servent la vérité du livre et de mon personnage. ”

Lire la suite "[masse critique, babelio] l'appel, roman de fanny wallendorf" »