338 notes dans la catégorie "Livres"

[challenge interallié] que reviennent ceux qui sont loin, roman de pierre adrian

Gallimard, collection Blanche, août 2022, 192 pages, 20 euros

4è de couverture : « Là, sur la route de la mer, après le portail blanc, dissimulées derrière les haies de troènes, les tilleuls et les hortensias, se trouvaient les vacances en Bretagne. Août était le mois qui ressemblait le plus à la vie. »  Après de longues années d’absence, un jeune homme retourne dans la grande maison familiale. Dans ce décor de toujours, au contact d’un petit cousin qui lui ressemble, entre les après-midi à la plage et les fêtes sur le port, il mesure avec mélancolie le temps qui a passé. Chronique d’un été en pente douce qui commence dans la belle lumière d’août pour finir dans l’obscurité, ce roman évoque avec beaucoup de délicatesse la bascule de l’enfance à l’âge adulte.Est-ce que j'aurais lu Que reviennent ceux qui sont loin si je n'avais pas su que Pierre Adrian était un ami d'enfance de Philibert Humm dont j'ai tant aimé Roman fleuve ? Qu'ils avaient écrit un journal de voyage à quatre mains, malin et potache (Le Tour de la France par deux enfants d'aujourd'hui, 2018) ? Si Alain Bonnand ne m'avait pas écrit tout le bien qu'il pensait de ce très jeune écrivain passionné par l'Italie, Pasolini et Pavese ? Si Adrian n'avait pas reçu des mains de Pierre Arditi le premier prix Jean-René Huguenin (La Côte sauvage, 1960), peu notoire encore mais qui lui va si bien ? Si enfin Adrian et Humm ne s'étaient pas retrouvés concurrents dans la sélection finale de l'Interallié 2022, prix littéraire notoire celui-ci ?
Heureusement, je me suis laissée inciter sans résistance et sans regrets car Que reviennent ceux qui sont loin est un grand roman d'apprentissage, sublime et délicat.

_______
note : le paragraphe ci-dessus est truffé de liens un peu cachés parce que c'est plus joli... promenez le mulot et cliquez !

Lire la suite "[challenge interallié] que reviennent ceux qui sont loin, roman de pierre adrian" »


[challenge interallié] roman fleuve, récit romancé de philibert humm

aux Éditions Équateurs, août 2022, 288 pages, 19 euros ; prix Interallé 2022

4è de couv : "Il nous fallait partir, extravaguer, voir de nos yeux les sinuosités du monde. Nous faisions confiance à notre ignorance pour nous le faire mieux connaître. La peste est l'opinion de savoir, dit le sage en collerette. C'est pouquoi nous partîmes, canoë sur l'épaule, jeter à l'eau ce qui nous restait de joie et de courage pour affronter le dieu le plus proche : la Seine !". Trois hommes, un bateau, un fleuve : une histoire qui prend l'eau dès les premières pages. — Né en 1991, Philibert Humm est l'auteur, aux Équateurs, du Tour de la France par deux enfants d'aujourd'hui et de La Micheline, coécrits avec Pierre Adiran. Roman Fleuve est son premier roman.Éric Neuhoff m'a coupé l'herbe sous le pied. Je lui pardonne, la cause est juste.

J'allais commencer cette note de lecture en annonçant le livre le plus léger, le plus drôle, le plus malicieux, de la rentrée littéraire 2022.
Mais l'éternel gamin de la critique littéraire et cinématographique, nez en trompette et épis capillaires en goguette, a clamé le premier son enthousiasme pour Roman Fleuve en première page du Service Littéraire d'octobre.
De la même façon il traite Philibert Humm d'énergumène, ce que je m'apprêtais aussi à faire ici ; tant pis, il me reste : foufou, dingo et zozo.
Par contre Neuhoff a une formule lapidaire que je n'aurais jamais trouvée : “ Philibert Humm n'aura pas le Goncourt. Il n'aura que des lecteurs. ”.

Capture d’écran 2022-10-02 à 18.15.41
(c) DR

Le plus loufoque de cette histoire est qu'elle a toutes les apparences de la véracité. Une photo dans le journal où Philibert Humm a été pigiste l'atteste. Le bateau s'appelle bien Bateau, l'auteur-narrateur-capitaine au centre est fièrement coiffé d'un bonnet marin à pompon (je sais maintenant qu'on dit bâchi) ; avec ses deux copains (moins de 90 ans à eux trois) ils ont descendu la Seine de Paris à Honfleur au mois d'août 2018 dans un canoë à pagaies.

 

Lire la suite "[challenge interallié] roman fleuve, récit romancé de philibert humm" »


[jaserie littéraire] mon challenge interallié

où il sera question de : Que reviennent ceux qui sont loin de Pierre Adrian, La petite menteuse de Pascale Robert-Diard, Roman fleuve de Philibert Humm, Le mage du Kremlin de Guiliano da Empoli, La vie la plus douce de Fabrice Gaignault, et aussi de Le colonel ne dort pas d'Emilienne Malfatto

photo volée à Livres HebdoPas vraiment un challenge puisque j'en suis l'unique challengeuse... sauf si vous avez le temps de lire cinq excellents romans de la rentrée littéraire d'ici au 8 novembre. À vos lunettes !
À cette heure-ci (samedi 29 octobre, circa 18:00) il ne m'en reste qu'un seul à lire, je devrais donc pouvoir très vite conforter et annoncer mon choix personnel pour le prix Interallié 2022 qui sera proclamé le mercredi 9 novembre chez Lasserre.

Lire la suite "[jaserie littéraire] mon challenge interallié" »


[compile] où l'on reparle de renata n'importe quoi et de catherine guérard

papier pour le sitelien Les Notes (Choisir & Lire) : présentation de la réédition de Renata n'importe quoi, roman de Catherine Guérard, aux éditions du Chemin de Fer, novembre 2021 ; c'est un mashup de plusieurs chroniques déjà publiées ici à propos de ce roman obsédant, avec quelques révélations "sensationnelles" - mais malgré tout incomplètes -, sur son auteure...
_________
les extraits de Renata n'importe quoi infra respectent bien évidemment la ponctuation inventée par Catherine Guérard


crédit photo : Tilly Richard, 2021Dans une des chroniques littéraires rassemblées dans Le Cycliste du lundi (recueil posthume, La Grande Ourse, 2012), François Nourissier écrivait :
« Puis vint l’automne 1967 et l’on découvrit un vrai roman de Catherine Guérard, composé il est vrai d’une seule phrase, mais une phrase longue de cent quatre-vingt-quinze pages. Cette phrase frôla le Goncourt, aventure qui prouve que nous pouvons tout attendre de cette romancière. […] Catherine Guérard a écrit un roman qui défie l’imitation et décourage la comparaison […] je ne sais pas ce qu’elle écrira ensuite, ni quand, ni même si elle n’attendra pas encore une dizaine d’années avant de se remettre au travail ; il n’en est pas moins sûr que nous avons affaire avec Catherine Guérard à un personnage exceptionnel ; Renata n’importe quoi suffirait à nous empêcher d’oublier son auteur. »

 

Lire la suite "[compile] où l'on reparle de renata n'importe quoi et de catherine guérard" »


[réédité, relu] renata n'importe quoi, roman de catherine guérard

aux éditions du Chemin de fer, novembre 2021, 178 pages, 18 euros

en 4è de couv : Catherine Guérard nous emporte dans le monologue de son héroïne, bonne à tout faire, qui décide un jour de quitter ses patrons pour devenir “une libre”. Ce sont trois jours et deux nuits d’errance, à marcher dans les rues, s’asseoir sur les bancs, regarder les passants et écouter les oiseaux. La narratrice va se confronter à un monde qu’elle semble découvrir au fur et à mesure qu’elle l’arpente, un monde qui la rejette systématiquement, elle dont la liberté ne peut souffrir aucune entrave. Le plus saisissant dans ce roman est la réussite magistrale d’un parti pris formel : une seule longue phrase ponctuée de quelques virgules et majuscules judicieuses. Le flot du texte emporte le lecteur dans les ressassements et les obsessions d’une pensée pleine de candeur mais toujours déterminée et dangereusement radicale. Publiée pour la première fois en 1967, cette œuvre résonne aujourd’hui comme un hymne prémonitoire. N’annonce-t-elle pas le vent révolutionnaire qui soufflera bientôt sur un monde corseté dans ses certitudes et empêtré dans sa peur de manquer ou de perdre ses acquis ? Renata n’importe quoi c’est l’invraisemblable odyssée d’une bonne de Giraudoux qui attendrait Godot. Un trésor qu’une communauté de lecteurs initiés se transmet comme une pépite, qui nourrit une réflexion profonde et nécessaire sur l’absurdité de nos sociétés, la loi, l’argent, le travail et la consommation. Ou pour le dire autrement : comment refuser l’aliénation qui nous est imposée sans apparaître soi-même comme un aliéné dans le regard des autres ?  "Alors leur vie ne leur appartient pas, ils obéissent au temps, et j’ai pensé Moi je suis mieux qu’eux ma vie m’appartient, je n’ai pas un patron qui possède ma vie, c’est horrible ça, j’ai pensé, d’avoir une vie qui n’est pas à soi, C’est des fous les gens, j’ai pensé, pour avoir de l’argent ils vendent leur vie à quelqu’un d’autre, comme si on vivait mille ans, comme si on vivait deux fois"Réédition tout à fait inattendue et très heureuse, d'un roman-culte, marquant et mystérieux ; c'est le second (dernier) roman d'une auteure incompréhensiblement disparue des radars de l'Édition, compte tenu de son talent et sa modernité.

Je l'ai lu une première fois en 2013 ; Alain Bonnand m'avait offert l'édition Gallimard (aujourd'hui épuisée), il avait deviné que cela allait me plaire. C'est lui encore qui vient de me signaler la réapparition de Renata n'importe quoi.

À l'époque j'avais voulu me renseigner sur l'auteure. Mais Catherine Guérard, c'est plutôt Catherine n'importe qui parce qu'avec ce nom très homonymé, on ne trouve pas grand-chose sur elle. Un Masque et la Plume de 67 à l'INA dans lequel elle intervient depuis la salle, mais aucune image. Est-ce que la Catherine Guérard qui regrettait le départ de bébé Adjani de la Comédie Française en 75, c'était elle ?  "Une Adjani, il n'y en a qu'une par siècle !". Si elle avait si complètement disparu des internets, c'était sans doute pour une triste raison ?

Lire la suite "[réédité, relu] renata n'importe quoi, roman de catherine guérard" »


[babelio, masse critique] le sergent salinger, roman de jerome charyn

aux éditions BakerStreet, traduit de l'américain par Isabelle D. Philippe, septembre 2021, 335 pages, 21 euros
lu pour l'opération Masse Critique de Babelio lien (on choisit un livre dans une liste de nouveautés, on reçoit le livre, on donne son avis sur le livre, on le partage)

Le portrait insolite de la légende littéraire américaine en jeune soldat à la fin de la guerre, au débarquement, à la libération de Paris...Quand j'étais snob et menteuse (il y a fort longtemps)... je disais que mon livre préféré, c'était L'Attrape-Cœurs de J. D. Salinger.
Depuis j'ai presque tout oublié de l'errance d'Holden Caulfield dans Manhattan.
Par contre j'ai conservé le souvenir du pincement au cœur que m'avaient laissé les dernières lignes d'Un jour rêvé pour le poisson-banane (dans le recueil intitulé Nouvelles).
Dans une interview récentelien, Jerome Charyn dit que L'Attrape-Cœurs n'est pas son titre préféré de Salinger, qu'il vient bien après les Nine Stories. Comme moi ! ai-je pensé (moins snob, peut-être, mais pas plus modeste !).

Le Sergent Salinger est un roman biographique qui couvre la période 1942 à 1947 de la longue vie de Salinger.

Lire la suite "[babelio, masse critique] le sergent salinger, roman de jerome charyn" »


[#rl21] au printemps des monstres, roman de philippe jaenada

éditions Mialet-Barrault, août 2021, 749 pages, 23 euros

4è de couv : Ce n'est pas de la tarte à résumer, cette histoire. Il faut procéder calmement. C'est une histoire vraie, comme on dit. Un garçon de onze ans est enlevé à Paris un soir du printemps 1964. Luc Taron. (Si vous préférez la découvir dans le livre, l'histoire, ne lisez pas la suite : stop !) On retrouve son corps le lendemain dans une forêt de banlieue. Il a été assassiné sans raison apprarente. Pendant plus d'un mois, un enragé inonde les médias et la police de lettres de revendication démentes, signées "L'Étrangleur" ; il adresse même aux parents de l'enfant, horrifiés, des mots ignobles, diaboliques, cruels. Il est enfin arrêté. C'est un jeune homme banal, un infirmier. il avoue le meurtre, il est incarcéré et mis à l'écart de la société pour le reste de sa vie. Fin de l'histoire. Mais bien sûr, si c'était aussi simple, je n'aurais pas passé quatre ans à écrire ce gros machin (je ne suis pas fou). Dans cette société naissante qui deviendra la nôtre, tout est trouble, tout est factice. Tout le monde truque, ment, triche. Sauf une femme, un point de lumière. Et ce qu'on savait se confirme : les pervers, les fous, les odieux,  les monstres ne sont pas souvent ceux qu'on désigne. — Philippe Jaenada est l'auteur d'une douzaine de romans,  dont Le Chameau sauvage (prix de Flore), La Petite Femelle, et La Serpe (prix Femina).“ Le plus difficile c'est de trouver par où commencer. ” (première partie, Le fou, p. 18)

Vendredi matin, il me restait une cinquantaine de pages d'Au printemps des monstres à lire (quand j'aime un gros livre et que j'approche de la fin, je ralentis pour faire durer le plaisir), et coïncidence (Philippe Jaenada les aime, et moi aussi) : au même moment à la radio, l'écrivain expliquait à Augustin Trapenard d'où lui était venue l'idée de s'intéresser au meurtre du petit Luc Taron le 27 mai 1964, à l'arrestation de Lucien Léger, sa condamnation à perpétuité (malgré le manque de témoignages, de preuves, de mobile), sa libération conditionnelle après quarante années en prison (Léger est sorti à soixante-huit ans à l‘automne 2005 ; il meurt en juillet 2008).

J'aurais bien eu envie de vous laisser là-dessus en vous envoyant écouter en podcast (lien) la belle voix nicotinée de l'écrivain, parce que moi non plus je ne sais pas par où commencer (mais bon, même si elle n'est plus professionnelle, ma conscience me torturerait trop).

______
note : avez -vous lu la quatrième de couverture (toujours en passant sur l'image) : elle est évidemment de l'auteur !

Lire la suite "[#rl21] au printemps des monstres, roman de philippe jaenada" »


[#rl21] mon maître et mon vainqueur, roman de françois-henri désérable

Gallimard, Collection Blanche, août 2021, 192 p., 6 ill., 18 euros

4è de couv — « Le cahier, c’était la première chose que m’avait montrée le juge, quand tout à l’heure j’étais entré dans son bureau. Sous la couverture souple et transparente, on pouvait lire au feutre noir : MON MAÎTRE ET MON VAINQUEUR. Sur les pages suivantes, il y avait des poèmes. Voilà ce qu’on avait retrouvé sur Vasco : le revolver, un cahier noirci d’une vingtaine de poèmes et, plus tard, après expertise balistique, des résidus de poudre sur ses mains. Voilà ce qu’il en restait, j’ai pensé, de son histoire d’amour. » — François-Henri Désérable est l'auteur de trois livres aux Éditions Gallimard, dont Évariste et Un certain M. Piekielny. Dans ce nouveau roman virevoltant, il laisse percevoi une connaissance sensible des tourments amoureux.“ Elle n'était pas du tout son genre ; il n'avait jamais été le sien. Ils n'avaient rien pour se plaire ; ils se plurent pourtant, s'aimèrent, souffriront de s'être aimés, se désaimèrent, souffriront de s'être désaimés, se retrouvèrent et se quittèrent pour de bon. ”

Ce roman au titre si poétique révèle le plan cul drague le plus original de la littérature française : infaillible pour qui possède le passe BnF pour la Grande Réserve des manuscrits historiques (il faut au minimum le grade de conservateur) et veut séduire une jeune comédienne entichée de Verlaine ! Une table de consultation de bonnes dimensions, des futons de lecture (ou berceaux : coussins à rouler autour des livres anciens pour les protéger) pour le confort des ébats ; je ne fais pas de dessin mais croyez-moi l'auteur s'amuse bien à décrire la scène et nous à la lire !

À défaut de dessin, chacun des hauts faits (et ils sont nombreux) de la geste amoureuse de Vasco (le personnage qui a des problèmes avec la justice) est ponctué d'un bout rimé, haïku, sonnet, ou quatrain, plus ou moins original, plus ou moins explicite, plus ou moins réussi !

Lire la suite "[#rl21] mon maître et mon vainqueur, roman de françois-henri désérable" »


[lu] sœurs de sable, roman de stéphane héaume

Rivages, avril 2021, 240 pages, 18 euros

4è de couv : 1958, une station balnéaire écrasée de chaleur. 2018, un surprenant huis clos au décor raffiné. Rose et Amelia, deux femmes malmenées par la vie et que soixante ans séparent n’ont, on pourrait le croire, rien en commun. Pourtant, un homme, un secret, un cadavre vont relier leurs existences et changer leur destin.  En donnant corps à deux turbulentes héroïnes dans un univers plein de mystère, Stéphane Héaume nous prouve, avec malice et fantaisie, qu’il faut toujours se méfier de l’eau qui dort. —  Stéphane Héaume est l’auteur de plusieurs romans dont «Le Clos Lothar» (Zulma, 2002, prix du jury Jean-Giono et prix Emmanuel-Roblès) et «Sheridan Square» (Seuil, 2012, prix de la Ville de Deauville).Avant de lire Sœurs de sable, j'avais lorgné plus ou moins sournoisement sur des avis de lecture qui saluaient l'ambiance légère, voire pétillante, estivale, du dernier roman de Stéphane Héaume.
Loin de moi l'idée de stigmatiser les lecteurs optimistes, mais cela m'étonnait un peu (euphémisme) de l'auteur de Dernière Valse à Venise, et de L'Idole Noire, et redoublait mon envie d'y aller voir moi-même.
Si vous pensez que ma lecture à venir était d'ores et déjà biaisée, tenez-en compte en lisant ce qui suit, ou pas.

Heureusement (pour moi en tout cas) le chapitre incipit concentre mystère, noirceur, et romantisme baroque, comme l'illustrent ces quelques lignes :
“ Une heure qu'il ramait, lui, constant, le geste régulier, sûr de la direction. [...] La nuit posait sur son visage un masque de Charon. [...]
La barque se faufila dans l'enchevêtrement des blocs qui formaient des portiques magnifiques, les tympans déchaussés de temples engloutis. Il y avait là une ouverture qui conduisait à l'intérieur. ”

Lire la suite "[lu] sœurs de sable, roman de stéphane héaume" »


[lu] henri calet, je ne sais écrire que ma vie (recueil édité par michel p. schmitt, préface de joseph ponthus)

aux Presses Universitaires de Lyon,lien mars 2021, 256 pages, 20 euros

4e couv — Entre 1935 et 1955, Henri Calet compose une somme impressionnante de textes : chroniques, romans, nouvelles, critiques, pièces radiophoniques, scénarios, reportages… Il trace ainsi son sillon d’écrivain, faussement léger et légèrement désespéré. Dans les entretiens qu’il accorde à la presse et à la radio, c’est également de cette façon qu’il évoque son travail d’écriture et sa position dans le monde littéraire. Mais Henri Calet ne se raconte jamais si bien que dans ses silences ou ses à-côtés – à côté de la question, à côté du sujet, à côté de lui-même, parfois.  Michel P. Schmitt réunit pour la première fois ces prises de parole, auxquelles il apporte un indispensable éclairage historique et biographique. Et il complète cet ensemble d’un inventaire exhaustif de l’œuvre de l’auteur. —  Henri Calet (1904-1956) est l’un des plus brillants représentants de l’écriture en première personne des années 1940-1950. Il fut à la fois romancier (La Belle Lurette, Le Bouquet), « prosateur » (Le Tout sur le tout, Les Grandes Largeurs), nouvelliste (Trente à quarante), critique, dramaturge radiophonique et surtout chroniqueur (recueil Contre l’oubli) — Michel P. Schmitt, professeur émérite de littérature française à l’Université Lumière Lyon 2, est spécialiste, entre autres, de l’œuvre d’Henri Calet. Il a d’ailleurs publié nombre de textes inédits de l’auteur : De ma lucarne (Gallimard, 2014), Paris à la maraude (Éditions des Cendres / Enssib, 2018), Mes impressions d’Afrique (PUL, 2019) —  Joseph Ponthus, auteur du très remarqué À la ligne : feuillets d’usine (La Table ronde, 2019), signe la préface de cet ouvrage. Grand admirateur d'Henri Calet, il partageait avec lui l’ambition d'être l'écrivain des invisibles. Il est décédé le 24 février 2021.Un jour de 2020, j'ai appris que Joseph Ponthus allait préfacer un ouvrage sur Henri Calet avec des textes et entretiens inédits rassemblés et présentés par Michel P. Schmitt.

J'étais contente, impatiente, et surprise un peu (Ponthus ne parle pas de Calet dans À la ligne).

Un peu plus tard, c'était dans l'été je crois, j'ai compris que Joseph était soigné pour un cancer (il parlait chimio sur facebook, il faisait des photos amusantes de ses plateaux repas à l'hôpital, du goéland qui venait toquer à sa fenêtre et qu'il semblait avoir apprivoisé, ses amis lui envoyaient des cœurs et des encouragements...).

La terrible nouvelle est tombée le 24 février 2021. Je n'aurai jamais l'occasion de parler d'Henri Calet avec lui, comme je l'avais fait un soir à La Maison de la Poésie avec Jean-Luc A. d'Asciano.

Lire la suite "[lu] henri calet, je ne sais écrire que ma vie (recueil édité par michel p. schmitt, préface de joseph ponthus)" »