320 notes dans la catégorie "Livres"

[lu] la valse seconde (on me dit que ma poule est un coq), recueil de billets d'alain bonnand

Éditions La Bibliothèque, collection Les Billets de la Bibliothèque,lien mars 2020, 172 pages, 16 euros

rabat de couverture : Pas seulement le plaisir des phrases, la musique de la littérature, mais un lieu habitable, un biotope ô combien humain, que vivre et écrire vaillent ensemble, voilà ce que nous propose La Valse seconde. Deux années de vie offertes en une ronde d'idées et de mots. Alain Bonnand est unique dans l'art de nous enchanter  — Né en 1958, il est l’auteur de Je vous adore si vous voulez (Puf), Feu, mon histoire d’amour (Grasset), Martine résiste (Le Dilettante), Le Testament syrien (Écriture), Il faut jouir, Édith (La Musardine), La Grammairienne et la petite sorcière (Serge Safran) — Les illustrations sont de Maurice MietteAlain Bonnand, deuxième.
Deux fois Alain Bonnand (la première c’est Arthur Cauquin au Yémen lien) pour un printemps insensé qui nous confine en chambre (par ailleurs, le lieu de littérature préféré de l'auteur !) : une double aubaine à profiter pour libérer les esprits gaiement en attendant le retour à la vie normale.

carnet de bal, bréviaire, ou almanach ?
J'ai déjà dit (ici) la qualité esthétique non pareille des petits livres de l'éditeur Jacques Damade. Pour moi, celui-ci est le plus beau.
Jaquette framboise, avec de seyantes broderies intérieures (les belles illustrations pertinentes de Maurice Miette).
Un parfait carnet de bal.
Mieux, un joli bréviaire profane avec plein d'idées de lectures intelligentes dedans, des “ phrases à danser ”, et des aphorismes taquins à relire aussi souvent qu'on en a oublié (ou pas encore vu) tous les sens cachés.

Tout à la fois — mais pas seulement — correspondance littéraire, amoureuse, journal intime, et almanach entraînant joyeusement le lecteur : d'un livre à une dame, un petit tour, puis à un autre livre, à un ami, à une autre amie, encore un tour... une valse, on vous le dit.

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[lu] arthur cauquin au yémen, roman d'alain bonnand

Serge Safran éditeur, 20 mars 2020, 224 pageslien, 17 euros 90

CONFINEMENT COVID-19 : les librairies sont fermées, le courrier n'est pas distribué, mais Arthur Cauquin au Yémen est disponible sur les meilleures plateformes de vente de livres numériques, au prix de 9 euros 99 (liste ici)

MARDI 24 MARS, DERNIÈRE MINUTE COVID-19 : du 24 mars au 7 avril, Serge Safran éditeur offre une PROMO PLAISIR SOLIDAIRE à 50 % sur toutes ses nouveautés !

4éme de couv — Arthur creuse des trous au Yémen pour le compte d’un grand groupe. Laurence, sa maîtresse, se trouve à Orléans. Ils s’aiment de loin grâce à Internet et un matériel qu’ils finissent par utiliser très bien…
Cela dit, l’échange électronique a des limites. C’est le printemps et Laurence, qui d’habitude ne croque pas la vie à moitié, se morfond beaucoup. Même la lecture de Raymond Queneau ne l’aide plus à patienter. Qu’est-ce qu’Arthur, soucieux du plaisir de son amie, va bien pouvoir inventer pour que passent agréablement les deux mois qui les séparent de son retour ? Une histoire pimentée, qui nous transporte en 2006 quand les amoureux découvraient avec l’ordinateur, un micro et une caméra portatifs, les joies et permissions de l’échange à distance.
 Un érotisme qui ne manque ni de tendresse ni d’encouragements. — Alain Bonnand, né en 1958, dans l’Oise. Adolescence ardennaise ; fait Rémois à dix-neuf ans, Arabe à quarante-cinq, puis Florentin. Aujourd’hui, de nouveau Rémois.  Auteur de Feu mon histoire d’amour ; Martine résiste ; Il faut jouir, Édith… et de La Grammairienne et la Petite Sorcière chez Serge Safran éditeur.De la mi-avril à fin mai 2006, entre Sanaa et Orléans, un printemps arabe heureux ; à une époque révolue où les sites de rencontre et les technologies émergentes offraient aux aventureux des terrains de jeux interactifs plus délicieux et modernes (même si parfois techniquement incertains) que les petites annonces du Nouvel Obs ; où les réseaux sociaux n'avaient pas encore été empoisonnés par leur propre puissance de nuisance ; un temps où l'on ne “partageait” pas tous azimuts et sans discernement, mais où l'on privilégiait encore les relations choisies (ou refusées). Ça n'allait plus durer bien longtemps.

Ce n'est ni un regret, ni un mensonge : je n'ai jamais pratiqué ça... mais cela ne m'a pas empêchée, et même au contraire, de trouver un délicieux plaisir par procuration dans cette lecture beaucoup moins légère qu‘il y parait car la profondeur se niche dans les détails !

J'ai cherché dans la liste des synonymes de coquin, j'ai retenu : polisson, libertin, leste, malicieux, canaille, badin, espiègle, sensuel, émoustillant.
Et repoussé catégoriquement les autres : égrillard, gaulois, croustillant, grivois, graveleux, licencieux, obscène, porno.

Bon, je ne diverge pas plus longtemps : oui, Arthur Cauquin au Yémen est un roman sexy ! ouiiiiiiiii, c'est une histoire de plaisirs !
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lire le résumé de l'action en quatrième de couverture en passant sur l'image, ou en allant sur le site de l'éditeur

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[lu, babelio] la prière des oiseaux, roman de chigozie obioma

Buchet-Chastel,lien traduit de l'anglais par Serge Chauvin,  janvier 2020, 528 pages, 25 euros
merci à Babelio et Buchet-Chastel pour l'envoi du livre et l'invitation à rencontrer l'auteur (finaliste Man Booker Prize 2019) le 20 janvier 2020

4è de couv : Chinonso, un éleveur de volailles du Nigeria, croise une jeune femme sur le point de se précipiter du haut d’un pont. Terrifié, il tente d’empêcher le drame et sauve la malheureuse Ndali. Cet épisode va les lier indéfectiblement. Mais leur union est impossible : Ndali vient d’une riche famille et fréquente l’université, alors que Chinonso n’est qu’un modeste fermier…   — Chigozie Obioma est né en 1986 au Nigeria, et vit désormais aux États-Unis où il enseigne le creative writing. Son premier roman, Les Pêcheurs (L’Olivier, 2016), finaliste du Booker Prize, lui a valu une reconnaissance mondiale.Hier soir, ma petite gloriole de lectrice de taille moyenne en a pris un coup...
J'étais en taxi dans les encombrements ; le chauffeur passait ostensiblement des coups de fil audiblement personnels (même si je ne comprenais pas un mot à son langage musical parsemé d'anglais, l'écran de son smartphone affichait la photo d'une belle jeune femme noire en pied, radieuse).
Je venais tout juste de refermer le livre de Chigozie Obioma. J'étais encore sous le coup du dernier chapitre de La Prière des oiseaux, d'une beauté déchirante.
Alors j'ai fait la maline... dit que j'aimais entendre les langues que je ne comprend pas... ça chante... d'où êtes-vous ? (j'aurais eu l'air fin si il m'avait répondu de Bobigny)
Mais là, petit miracle de synchronicité, il me répond : Nigéria !
— Ça alors :  je viens justement de lire un livre de... qui... que...

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[esprit de noël] les couleurs de l'hiver, collectif

avec Thomas B. Reverdy (écrivain), Florence Cosnefroy (plasticienne) et des personnes détenues de la Maison d’arrêt des Hauts-de-Seine ; en collaboration avec le Service Pénitentiaire d’insertion et de probation 92

in catalogue Maison de la Poésie : S’appuyant sur le travail des deux artistes, cet atelier a consisté à mettre en relation les « couleurs de l’hiver », choisies par chaque participant, avec un texte évoquant une personne, un lieu ou un souvenir qui lui était associé. Puis ces textes sont devenus des lettres, et tous ces morceaux de souvenirs, ces lieux, ces personnes, sont devenus autant de fragments d’histoires destinées à être lues et adressées à quelqu’un. Ils sont les récits d’un hiver qui se souvient des temps meilleurs et se les récite comme pour se réchauffer. Ensemble ils composent une mosaïque d’images et de sentiments, de courts récits, de poèmes, de nostalgies et de désirs lancés vers nous comme un pont. Il sont notre humanité et nos rêves blottis au cœur de l’hiver.C'était hier soir, à la Maison de la Poésie (rue Saint-Martin, proche Beaubourg) — transformée pour l'occasion en Maison de l’Émotion...
La veille Thomas B. Reverdy avait lancé sur ZeSocialNetwork, un appel pressant à venir écouter la restitution d'un atelier d'écriture bien particulier :
“ comme c’est les détenus qui vont lire, et que c’est quelque chose de très très peu naturel, de monter sur une scène, et qu’ils ont obtenu une permission de sortie, et qu’ils vont venir de Nanterre, j’ai vraiment envie qu’il y ait un peu de public dans la salle. ”

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[lu] métaphysique de l'apéritif, spritz de stéphan lévy-kuentz

éditions Manucius, mars 2019,lien 125 pages, 12 euros

4è de couv : «Debout devant cette terrasse qui semble vous tendre les bras, vous hésitez pourtant à vous avancer. Décider de la place idéale est un exercice plus nuancé qu’il n’y paraît. Vous ne savez pas vraiment pourquoi vous avez choisi ce guéridon. L’autre là-bas aurait tout aussi bien fait l’affaire. Les terrasses de café recèlent des dispositifs scénographiques variés qui ne racontent pas tous la même histoire. Le guéridon est arrangeant, il fait autant le lit de l’amitié qu’il peut être un tombeau pour la solitude. Loin des hivers rudes de pays enneigés où jamais le soleil ne paraît, dans ces saloons rudimentaires où un étranger aux semelles plates referme avec peine la porte récalcitrante sur le blizzard (scène digne de Chaplin ou de Keaton), l’apéritif se doit d’être consommé en terrasse et répond à plusieurs cas de figure: l’apéritif de groupe qui tient de la thérapie sociale, celui en face-à-face qui relève de l’échange intime et celui que vous vous apprêtez à pratiquer et qui engage certaines forces d’introspection. Vous y serez bientôt.» Postface de Denis Grozdanovitch — Stéphan Lévy Kuentz est écrivain et essayiste. Anicien coordinateur d'expositions au Centre Pompidou, il a créé et dirigé la collection l'Attrape-corps (La Musardine). Scénariste, il a collaboré à l'écriture de documentaires de création sur Man Ray, Arroyo, Pascin, Chagall, Calder, Klee, Mondrian, Klein, les Impressionnistes, Dali, Rodin. Il est l'auteur aux éditions Mnucius de Sans Picasso (2017)La première fois que je l'ai lu, j'avais situé l'inaction de ce roman statique (sic, l'auteur) à la terrasse d'une brasserie du carrefour Vavin (disons La Rotonde, bien que rien ne l'indique, mais j'aime bien "voir" ce que je lis).
Le premier chapitre est d'une grande précision topographique et chronométrique : j'aurais dû me méfier...
En le relisant une nouvelle fois pour écrire cette note, je m'aperçois de mon erreur, ou plutôt, de ma naïveté.
On part de la sculpture de Balzac par Rodin, boulevard Raspail.
Six minutes de marche, mais comme rien n'indique à quel rythme, ni la direction prise (Montparnasse ? Denfert-Rochereau ? Port-Royal ?), il y a au choix un bon nombre de débits de boisson sur les cercles concentriques qu'on pourrait tracer à partir du carrefour Vavin (également baptisé place Pablo Picasso, ça j'ignorais !).
À vous, à moi, de choisir, lequel ; c'est la règle qu'instaure poliment Stéphan Lévy-Kuentz :
" Si cela ne vous dérange pas, vous [...] serez le personnage principal mais tout ce que vous penserez ne sera pas retenu contre vous. Pour l'instant, vous vous contentez de rester à l'écoute de vous-même. ".
Puisque l'auteur me donnais tous les droits, j'ai marché trois minutes... et je suis revenue sur mes pas ; obéissante, je me suis installée en terrasse, seule, pour un apéritif métaphysique.

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[lu] l'île des enfants perdus, roman de nicolas chaudun

Actes Sud, septembre 2019,lien 192 pages, 18 euros 80

Sortie de mon mutisme bloguesque pour l’occasion de reparler d’une histoire qui m’avait touchée il y a plusieurs années, celle de La Fleur de l'âge, film fantôme de Carné et Prévert sur une mutinerie au bagne d’enfants de Belle-Île-en-Mer.
À la fois l'existence de ce pénitencier très spécial, et celle du film avorté, m'avaient été révélées par l'exposition à Vannes en avril 2013 des superbes photos de plateau d’Émile Savitrylien.

4ème de couv — Au printemps 1947, Marcel Carné et Jacques Prévert ont tourné un film à Belle-Île-en-Mer, La Fleur de l’âge. Celui-ci s’inspirait de la mutinerie survenue en 1934 dans le bagne d’enfants érigé non loin du Palais, le principal port de l’île. Il y était question d’amours impossibles entre un mutin en cavale (Serge Reggiani) et une riche estivante (Arletty), entre une jeune îlienne (Anouk Aimée) et un innocent mis en cage… De cette nouvelle collaboration, la huitième, le public attendait un chef-d’œuvre du même tonneau que Le Quai des brumes ou Les Enfants du paradis. Et, en effet, de l’avis unanime de ceux qui en avaient visionné les premières séquences, cette cuvée promettait un sommet. Mais le chantier resta en suspens, interrompu par les vents contraires. Et du film inachevé, pas une séquence ne subsiste, ni même un rush. Rien donc, sinon quelques photographies de plateau. Malchance ? Torpillage ? La malédiction susciterait pas mal de rumeurs et autant de fausses pistes… Le narrateur part à la recherche des bobines disparues, stimulé par de maigres indices et le témoignage de rares survivants. Son enquête fournit un fil conducteur à l’évocation du cinéma français de l’âge d’or, depuis les années fébriles de l’immédiat avant-guerre, jusqu’à celles plus troubles encore de l’épuration ; une fresque oui, mais pitoyable et glorieuse, étincelante et pourtant entachée de zones d’ombre… — Éditeur d’art, documentariste et écrivain, Nicolas Chaudun a notamment publié chez Actes Sud une biographie du baron Haussmann qui fait autorité, ainsi que deux récits historiques: L’Été en enfer (2011), plusieurs fois primé, et Le Brasier (2015), élu meilleur livre d’histoire de l’année par le magazine Lire.Je n’ai pas été totalement séduite par le "roman" que Nicolas Chaudun a tiré de ce naufrage cinématographique, mais j'en attendais sans doute trop.
Les photos de Vannes m'avait déjà appris beaucoup de choses ; j'avais même gratouillé autour pour écrire ma chronique d'alorslien (voir les liens vers la presse de l'époque et autres sites) ; mais le grand mérite de Nicolas Chaudun est de livrer l'histoire de L'Île des enfants perdus à un public de lecteurs beaucoup plus large que celui des visiteurs d'une expo en province (sans parler de l'audience riquiqui de mon blog !).

Petit rappel pour celles et ceux qui ne cliquent pas sur les liens (et qui ont tort car le tort tue !) :
En 1934 un fait divers bouleverse Prévert : pour mater la rébellion des jeunes internés de la maison de redressement de Belle-Île, les autorités locales font appel aux habitants et aux touristes. Une prime est distribuée pour chaque fugitif retrouvé... Jacques en fait un poème, La Chasse à l'enfant, et un scénario. Ce n'est qu'après la guerre que les vieux amis Carné et Prévert pourront concrétiser leur projet de film basé sur cet événement triste et révoltant. Hélas, de mai à juillet 1947, d'incidents en difficultés techniques et financières, le tournage vire à la catastrophe et sera complètement arrêté au bout de trois mois. Cela fait penser à L'Enfer de Clouzot... Sauf que cette fois on a complètement égaré et jamais retrouvé ce que Marcel Carné avait finalement sauvé et monté une dizaine d'années plus tard.

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[lu] nous qui restons vivants, roman de david rochefort

Éditions Gallimard, mai 2019,lien 189 pages, 17 euros 50

en 4ème de couve : «Longtemps, Sacha et moi avions été inséparables. Nous nous étions choisis pour grandir ensemble. C’était il y a quinze ans. De cette période, il ne me reste plus que quelques visages aux contours flous : mes parents adoptifs, qui s’occupaient si peu de moi ; Vadim, le père de Sacha, un colosse, un écrivain, qui croyait être l’éminence grise d’une mairie communiste ; Olga, la mère de Sacha, universitaire issue d’une famille de Russes blancs ; quelques amis, que j’avais cessé de fréquenter. J’avais cherché à enfouir ces souvenirs pour refaire ma vie, renaître ailleurs. J’habitais désormais avec Maïa et mon fils Ilias. J’avais un métier que je ne comprenais pas, effectuant des tâches dénuées de sens, sous les ordres de celui qu’on surnommait le Caporal. Je ne parlais plus à personne. En quelque sorte, j’avais réussi à m’arracher à mon passé et à faire de mes journées une surface lisse, sans événements et sans émotion.  Pourtant, ce matin-là, quand Maïa me tira de mon lit à l’aube et me chassa sans que je sache de quel crime j’étais coupable, je sus que cette journée ne serait pas comme les autres. Vadim, Olga et Sacha allaient revenir dans ma vie, de la plus étrange des façons.» — David Rochefort est né à Paris en 1980. "Nous qui restons vivants" est son troisième roman publié par les éditions GallimardDavid Rochefort n'a pas donné de nom au narrateur de 45 ans dans Nous qui restons vivants (beau titre !), son troisième roman.
Par pure commodité je m'autorise hardiment (mais indûment, pardon) à le baptiser [Antoine] dans cette note de lecture : ça m’épargnera les mentions impersonnelles comme héros, personnage central, conteur, protagoniste principal, etc..

En se retournant sur son passé [celui qui ne s'appelle pas Antoine] distingue trois périodes inégales ; celle du milieu est la seule qui lui parait digne d'avoir été vécue, c'est aussi la plus courte, une parenthèse intense : cinq à dix ans, pas plus, d'amitié estudiantine entre Nanterre et le Quartier latin avec le brillant Sacha et son entourage familial et amical. Avant, c'était une enfance tristoune à Puteaux, des parents adoptifs plutôt absents et pressés de se débarrasser de lui dès sa majorité. Après, c'est une petite vie de famille rétrécie, une femme, un garçonnet, et un boulot : anesthésiant au mieux, destructeur au pire. Mais c'est son choix, il assume : il s'est isolé volontairement, coupé de ses amis, pour se sauver d'une menace existentielle diffuse. Il s'accroche à son travail de bureau aliénant, bien décidé à résister le plus longtemps possible au harcèlement d'un chefaillon obtus et aux interactions stériles avec ses collègues. Ce matin-là pourtant, quinze ans après sa rupture avec Sacha, sa routine d'évitement vole en éclats quand il lit dans le journal l'avis du décès à l'âge de soixante-cinq ans de Vadim Mouchkine, le père de son ami.

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[carnet] jaseries de mai, où l'on voit que je rentabilise mon adhésion à la maison de la poésie

peinture de mon amie Kate Lynch : "Andrew Hecks in the Glastonbury orchard, blossom time"  katelynch.co.uk ; son mari James est également peintre : www.james-lynch.co.uk
"Andrew Hecks in the Glastonbury orchard, blossom time" (c) Kate Lynch

Je venais vous écrire que je passais (shuntais) le mois de mai... de ne pas vous inquiéter : j'ai fait ce qui m'a plu en mai, mais je ne voyais plus trop l'intérêt de ce petit rétro-agenda (adenga) mensuel public. Du coup je n'avais rien de prêt. Et mauvaise conscience, un peu.

Coïncidence culpabilisante, je suis tombée hier sur un site anglo-saxon qui porte mes initiales ; je ne connaissais pas ce sigle apparemment usité,
TBR : To Be Read.

Ce rappel tombe bien, j'ai deux articles pour des livres TBR dans le tuyau de juin, restez vigilants, je ne lâche pas tout, pas encore !
A défaut d'inspiration, l'esprit de l'escalier s'est finalement manifesté timidement : des éclats d'idées faiblards et pas très nets ; faute de mieux, les voici tels que, en vrac.

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[carnet] mes petites jaseries de mars, numéro spécial philippe jaenada

jaserie : subst. fém. [ʒɑzʀi], [-a-] ; synon. de babillage. La jaserie avant le langage est la fleur Qui précède le fruit (Hugo, Légende, t. 4, 1877, p. 857)

"The Ladder to the Moon, Spring Equinox", peinture de James Lynch, www.james-lynch.co.uk  — mon amie Kate, sa femme, est aussi peintre et également talentueuse : www.katelynch.co.uk
"The Ladder to the Moon, Spring Equinox" (c) James Lynch

Je commence à composer ce billet de mars le dimanche soir (20 heures 50, heure d'été), dernier jour du mois, mais je pressens qu'il ne va pas “partir” avant deux trois jours, et qu'il ne fera pas une taille xxl...

Hier (samedi 30 mars, donc) j'étais à la Maison de la Poésie lien à 10 heures (heure d'hiver) du matin.
Drôle d'horaire pour une rencontre littéraire.
Pourtant la salle est bien remplie. Les participants sont un peu engourdis comme le remarque Philippe Jaenada, goguenard, en posant son impérissable sac matelot écossais à ses pieds sur la scène :
— Vous pouvez parler entre vous !
Voix, physique, style, tout s'accorde dans la gamme costaud et solide, sans fantaisie inutile (à part le sac et une broche/clip que je n'ai pas identifiée).
J'ai déjà entendu PJ une ou deux fois, mais j'en redemande, alors trois heures de master class, j'allais pas rater ça.

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[lu] les captifs du zoo, récit de vera hegi

éditions La Bibliothèque,lien collection L'Ombre animale, 2014, 192 pages, 14 euros

Les animaux, les gardiens, les visiteurs, le zoo est un monde dont Vera Hegi dévoile les coulisses, l’étendue et la complexité. Gardienne de zoo en URSS dans les années 30, elle a cette juste vision qui fait tant de bien à l’homme du parti pris des animaux. Elisabeth de Fontenay, l’auteur du Silence des bêtes, préface ce précieux témoignage. — Préface d’Elisabeth de Fontenay. Postface de Michel Ellenberger. Illustré  par Emilie EllenbergerTout est étonnant dans ce beau petit livre rouge. Qui l'a écrit, qui l'a publié, et quand. Ce qu'il raconte aussi, bien sûr.
Des histoires de bêtes, on s'en doute un peu ; mais si ce n'était que cela, le titre aurait-il cette forme redondante, énigmatique, presque roublarde ?
D'ailleurs le mot animaux ne figure pas non plus dans le sous-titre : Souvenirs d'une gardienne de jardin zoologique.

Vera Hegi est un pseudonyme, celui d'Esther Ellenberger, dite Émilie, née Von Bachst au début du vingtième siècle en Sibérie orientale dans une famille de la haute bourgeoise russe. Dans sa postface, son fils Michel Ellenberger n'est guère précis sur la biographie de sa mère (dates, lieux) car explique-t-il, s'étant méfiée sa vie durant des "grandes oreilles" des services de renseignement soviétiques, elle ne voulait fournir aucune information précise sur les circonstances de sa fuite de Russie suivie de ses installations successives en France, Suisse et Canada.

La gardienne du zoo, c'est elle : à Moscou, juste après la Révolution d'Octobre, au début des années 20.
Séparée de sa famille à la prise de pouvoir des bolchéviques, la jeune fille gagne la capitale soviétique dans l'espoir (déçu) de pouvoir étudier les beaux-arts. Sans ressources, passionnée par le dessin et les animaux, elle trouve un emploi alimentaire au zoo.

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