20 notes dans la catégorie "dorothee"

[mémoire] dorothée blanck, muse fascinante et éternelle inspiratrice

billet inspiré par la lecture de Dernière valse à Venise, roman de Stéphane Héaume

Dorothée Blanck (de dos) dans Cléo de 5 à 7 d'Agnès Varda, 1962En m'envoyant par coursier ce roman à paraître chez lui au mois d'octobre, l'éditeur Serge Safran savait-il ce que cette belle lecture ranimerait, attiserait, raviverait en moi ?
Il aurait fallu pour cela qu'il sache que j'avais rencontré Dorothée Blanck (1934-2016) dans les dernières années de sa vie, comme l'auteur du livre qu'il publie ; qu'il lise les quelques notes de blog que je lui ai consacrées. ici
Savait-il que, comme Stéphane Héaume qui lui a dédié son roman, j'avais été fascinée par cette femme âgée à la beauté à peine altérée, toujours stupéfiante.

Dernière valse à Venise, n'est pas une biographie, c'est beaucoup mieux que ça pour la mémoire de celle qui disait (et écrivait) n'avoir été toute sa vie qu'un modèle (comme le personnage qu'elle joue dans Cléo de 5 à 7 d'Agnès Varda), qu'une muse (comme pour Jacques Sternberg, Sophie, la mer et la nuit).

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[lu] dernière valse à venise, roman de stéphane héaume

Serge Safran éditeur, octobre 2017,lien 160 pages, 14 euros 90

Venise, cité des mystères, est le théâtre de la déchéance de Rodolphe Marchant. Alcoolique, malade, ruiné, il se sent pousser des ailes quand il rencontre l’envoûtante Dorothy White, ancienne danseuse, auprès de qui il se fait passer pour un richissime ténor, Rodolfo Marchanti.  Elle lui donne aussitôt la force de vaincre ses démons, de reprendre goût à la vie : ils se donnent sept jours pour s’aimer. Sept, comme le nombre de mois qu’il reste à vivre à Rodolfo. Sept, comme les temps d’une valse qui vacille. Sept, un chiffre qui semble porter chance à Rodolfo. Mais la valse des masques peut être cruelle. — Stéphane Héaume, né à Paris en 1971, est l’auteur de plusieurs romans publiés au Seuil, chez Anne Carrière et Zulma. Il écrit également des nouvelles et des textes pour le théâtre lyrique et l’opéra. Dernière valse à Venise fait suite à L’Insolite évasion de Sebastian Wimer (2016) chez le même éditeur.Deux personnages à la dérive, au bout de leur parcours, se rencontrent à Venise, place Saint-Marc.
Lui, jeune encore, séduisant, mais abîmé par les excès.
Elle, âgée, mais miraculeusement conservée, mystérieusement gracieuse et attirante.
Un pacte sans signature, une promesse secrète, va les lier pour quelques jours et faire croire à l'un d'entre eux en la possibilité d'un nouveau départ...

C'est un conte baroque, le récit d'un effort de rédemption bafoué, d'une trahison inexpliquée.
Une histoire de mensonges, de vies réinventées, de prémonition, d'espoir ultime d'amour et de consolation, de déception.

Comme sur scène à l'Opéra, les décors de la Valse incarnent le drame qui se joue en symbolisant passions et inclinations toxiques : le café Florian, le Rubby's, le Lido, le Casino, l’hôtel Excelsior, la Fenice...

Le final en plein air devant la basilique — dont je ne peux rien dire  (pour préserver la dramaturgie), sinon sa beauté picturale lumineuse, l'ambiance diurne, joyeuse et sonore — contraste terriblement avec la cruauté sombre de l'abandon, de la fin de la valse.

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[dorothée blanck] la belle dériveuse a tiré son dernier bord

Cérémonie des Césars 2016, Canal +, 83:53Choc : c'est en regardant la cérémonie des Césars à la télé hier soir que j'ai appris la disparition de Dorothée à presque 82 ans. Tristesse, émotion, regrets.

Sur la page Facebook lien de Ciné-Tamaris, c'est Agnès Varda qui en avait fait l'annonce délicate, le 4 février (Dorothée est morte à Cochin le 16 janvier). Un commentaire particulièrement touchant : “ Didier Desiderio : Merveilleuse dans son dernier film (en montage) Jours de France. Elle ne saura pas. Je suis triste, elle qui s'inquiétait de ne pas nous décevoir... Superbe et délicate. RIP ”

Sur la page Wikipedia lien de Dorothée, il n'y a pas (encore) de photo, quel dommage !

Dorothée tenait un blog lien depuis... 2004 (comme moi) ! C'est pour ça que je l'avais rencontrée il y a quelques années dans la vraie vie. Puis perdue de vue. Je l'avais sue gravement malade, puis, courageusement elle avait récupéré. Je lisais toujours ses petits articles émouvants. Le dernier, sur la nostalgie de Noël date du 12 décembre 2015.

Pour en savoir plus sur la vie pas ordinaire de cette femme exceptionnellement belle, céleste vagabonde, indépendante et libre, superbement sauvage, vous pourrez relire les articles de ce blog dans lesquels j'ai parlé de Dorothée (catégorie : dorothée lien)

 


[hommage] walter lewino, aka le noble vieillard facétieux (18 janvier 1924 - 18 janvier 2013)

en quatrième de couverture — Né à Paris d'un père anglais et d'une mère picarde, Walter Lewino est l'auteur d'une douzaine de romans savoureux et déroutants, dont L'Eclat et la Blancheur, Une femme par jour, et Fucking Fernand. Longtemps journaliste, il est aussi le créateur des célèbres Tests du Nouvel Observateur — S'agit-il de "Mémoires" ? Sans doute. Mais ces "Mémoires" sont bien drolatiques et peu conformes aux lois du genre. Walter Lewino y raconte d'un seul souffle - sans aucun point, donc en une seule phrase sa curieuse vie, son sinueux parcours. Et il a tout connu Lewino, des gens célèbres comme Vialatte, de Staël, Braque, Debord, Brancusi, Carmet, Topor, et d'autres qui le mériteraient tout autant : Jean-Marie le génie aux pierres, Augiéras l'apprenti chamane, Kurt l'illuminé helvète, Chochon le Juste, Hector le marquis rouge, Dorothée qui est née dans une prison à Munich et l'Abbé qui est mort dans celle d'Amiens. De la Royal Air Force pendant la dernière guerre à France Observateur pendant celle d'Algérie, de Londres sous les bombes à Paris sous les pavés, des débuts du tiercé à la folie des tests psychologiques et aux mafouilles du cinéma, il raconte, raconte un demi-siècle à vau-l'eau en un récit haletant, bidonnant et irrespectueux. On rit, on s'étonne, on s'attendrit, on partage des indignations et des enthousiasmes. On pense à Perec, bien sûr. Mais un Perc qui aimerait les chats comme Léautaud et les bistrots comme Blondin. Tout cela se déguste et, pour finir, un charme lancinant l'emporte.
Editions Bernard Grasset, mars 2001, 282 pages

 

“ [...] il savait que son génie serait reconnu après sa mort et je ne pouvais m'empêcher d'esquisser un sourire narquois, pardon, pardon mon père, c'est seulement après sa mort, après avoir fréquenté bon nombre d'artistes, que je comprendrai que cet espoir dans une gloire posthume est la grande consolation des méconnus, cela leur sert de béquilles face à l'incompréhension ambiante et justifie la poursuite d'une œuvre que personne ne semble apprécier, ai-je moi-même échappé au processus, pas sûr, et par exemple au moment où j'écris ces lignes, la vision de lecteurs enfin éclairés et de critiques battant leur coulpe pour m'avoir ignoré de mon vivant me console de mes insuccès passés et m'aide à poursuivre ce long récit hyperhypotaxique qui ne relève d'aucune mode présente, [...] ”

 in: Pardon, pardon mon père, récit, page 160

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[ciné] sur l'affiche, sur l'écran, et dans la salle...

LolaDorothée Blanck est allée voir la version restaurée du film de Jacques Demy dans lequel elle jouait en 1961, et qui ressort sur les écrans (dommage qu'il ne soit pas programmé à Pontchateau cet été !).
Voici ce qu'elle écrit sur son blog :

" Sur l'affiche je suis derrière le marin,lien Alan Scott, qui est derrière Lola, Anouk Aimée, la moitié du corps en flou, destin usuel, ce qui m'oblige à payer ma place au cinéma sans demander mon reste. A l'Arlequin cet après midi les trois quart de la salle sont des dames de mon âge qui ont déjà vu le film lors de sa sortie. L'émotion est toujours la même devant ces destins croisés et contrariés. "

 

 

[ sur l'affiche, Dorothée à l'arrière plan, rieuse, a les bras en corbeille, et c'est elle que le marin regarde... pas Lola-Anouk ! ]

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[rencontres] histoires (de) belges

Le Cafe Metropole à Bruxelles (taverne de l'Hotel Métropole)Dans les bons fauteuils chesterfield du Café de l'Hôtel Métropole, place De Brouckere, nous étions réunis mercredi autour de Dorothée Blanck.lien Il y avait là Dominique Vautier,lien Jean-Baptiste Baronian,lien et d'une certaine façon Jacques Sternberglien puisqu'il était au centre de la conversation.

Jean-Baptiste Baronian était arrivé le premier et en attendant Dominique Vautier, la nièce de Jacques Sternberg, Dorothée avait fait les présentations. L'écrivain belge a rencontré régulièrement Sternberg tous les mois (à certaine période en présence de Dorothée) pendant une vingtaine d'années, et presque jusqu'à la fin de sa vie. Jean-Baptiste Baronian a publié avec succès de nombreux polars, ressemble pas mal à Philippe Noiret avec une élégance plus discrète, et préside l'association des amis de Georges Simenon. Il me dit qu'il est aussi l'auteur de biographies et d'essais sur Baudelaire, Verlaine et Rimbaud. Moi :
— ... Rimbaud... mais alors vous devez avoir croisé Suzanne Briet !
Sa surprise m'amuse, j'ai tapé dans le mille on dirait.
En effet il travaille en ce moment à un Dictionnaire Rimbaud (genre dictionnaire amoureux, sans doute), et justement là, sur l'entrée qu'il réserve pour Suzanne Briet, l'Ardennaise (presque belge... donc) ! Madame Documentation ! Ma Dame à l'antilopelien !

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[magnifique] une belle tête d'affiche

Dorothee Blanck photographiée par Tristan Jeanne-Valès Comme chaque année Dorothée Blanck était au festival du court-métrage qui s'est tenu pendant une semaine à Trouville début septembre. Elle y est un peu chez elle, mais surtout, d'année en année, elle s'y affirme comme la muse préférée de tout jeunes artistes passionnés par le cinéma et qui trouvent incarnées, dans sa chevelure argent, son sourire et ses beaux yeux las, les traces de grands aînés que sont Jacques Demy, Agnès Varda, Alain Resnais.

Regardez-la dans A tous mes Jules d'Emilie Rosas (mon préféré pour le moment) - il faut aller sur le site du festival, onglets Films > Kino > 2011 et scroller la liste des kinos) -

Dorothée raconte sur son blog que grâce à cette photo magnifique de Tristan Jeanne-Valès, accrochée dans le hall où se rencontrent les festivaliers, elle a été engagée cette année pour jouer dans 7 des 67 petits films (kinos) réalisés et montés sur place par de jeunes réalisateurs. C'est énorme, cela demande une énergie folle ! Dorothée se plaint juste de ne pas avoir eu la force d'assister à toutes les projections et manifestations, le soir !

Les 7 cinéastes (5 femmes, 2 hommes) qui ont fait tourner Dorothée en cette fin d'été lui ont composé un magnifique album de souvenirs de moments chaleureux et créateurs qui l'aideront à attendre la prochaine édition, l'été prochain.

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[les gens] getting old is nothing for sissies!

trad. : vieillir, c'est pas du boulot de gonzesse !1

Louise Bourgeois Quelques exemples choisis (pas du tout au hasard, mais parce que pour certains, j'ai le bonheur de les connaître un peu dans la vraie vie) : 

 Marcel Zanini2 (88)

 Bob Siné3 (82) 

Pierre Etaix4 (82) 

Walter Lewino5 (88) 

René de Obaldia6 (93)

Ces gens-là, comme beaucoup d'autres que nous ne connaissons pas, gardent leur âme d'enfant, voire de galopin, et font fi du mieux qu'ils peuvent des tracas physiologiques qui ne les épargnent pas spécialement.

Ces gens là, monsieur, ils ne vieillissent pas... ils âgissent !

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[actu] à pisser de rire

C'est sans vergogne et avec beaucoup de plaisir et d'admiration, que j'emprunte à mes vieux amis blogueurs, le Noble Vieillard Facétieux  (pour l'illustration) et la belle Dériveuse (pour le texte), leurs beaux regards ironiques et tendres sur l'inénarrable épisode urinaire d'un été ripoux :

Le directeur d'Air-France interdisant ses avions à Depardieu

Pipi " Qui, dans l'urgence, n'a pas fait pipi derrière une voiture, un arbre, ou  même dans le soufflet entre deux wagons lorsque les contrôleurs avaient omis d'ouvrir les toilettes du train. C'est moins courant que toutes les crottes de chien que ne ramassent pas les maîtres ; on a le droit d'y glisser au risque d'une entorse.
Le pied, c'était quand je pissais sur les pissenlits hors de ma caravane. J'étais en osmose avec le cosmos. Enfant j'avais toujours été fascinée par les paysannes qui faisaient debout, écartant leurs jupes afin d'arroser la salade. J'ai aimé André Gide parce qu'il avait écrit ce plaisir de se soulager dans la campagne. J'imagine le Pied de Nez de Gérard Depardieu qui l'a fort*, en réponse au veto de l'hôtesse de l'air. "

* le nez, pas le pied !