7 notes dans la catégorie "Calet (Henri)"

[carnet] mes jaseries d'avril

jaserie : subst. fém. [ʒɑzʀi], [-a-] ; synon. de babillage. La jaserie avant le langage est la fleur Qui précède le fruit (Hugo, Légende, t. 4, 1877, p. 857)

muguet (de jardin) à La Bretesche, 2019Il est revenu bien vite, le temps du muguet.

Mai me prend de vitesse : mon carnet d'avril est tout maigre, alors ce mois-ci ce sera une jaserie de récup, le recyclage d'un billet d'avril il y a dix ans, déjà...

En avant-propos, au débotté, la surprise que je viens d'avoir en trouvant dans Le grand n'importe quoi1 de Jean-Pierre Marielle sa déclaration d'admiration pour Henri Calet :

“ Son écriture me bouleverse, son attention à l'humanité, qu'elle le déçoive ou l'encourage, la limpidité de ses phrases, sa modestie désespérée, son attention aux autres, son honnêteté viscérale me touchent, sa poésie va au fond du cœur.
Vous n'imaginez pas l'état dans lequel me transportent ses livres. Si celui-ci doit servir une cause, que ce soit celle de son œuvre. Il est de mon devoir de partager cette passion. Vous me remercierez plus tard. ”

Le grand Jean-Pierre écrit encore, parlant de Calet : “ Né Américain, il aurait eu la notoriété d'un Raymond Carver. ”
————
1. avec Baptiste Piégay, Calmann-Lévy, 2010

Lire la suite "[carnet] mes jaseries d'avril" »


[carnet] mes jaseries de janvier

jaserie : subst. fém. [ʒɑzʀi], [-a-] ; synon. de babillage. La jaserie avant le langage est la fleur Qui précède le fruit (Hugo, Légende, t. 4, 1877, p. 857)

>> la grande jaserie du mois

L'hibernation, François Mouton, illustré par Gwen Keraval (Le Pommier, 2007, 64 pages, 8 euros) — L'hiver venu, certains animaux migrent, d'autres sillonnent les terres pour trouver à manger et d'autres... dorment... tout simplement ! Pourquoi l'ours, la marmotte, la chauve-souris hibernent-elles plutôt que le mulot ? Comment arrivent-ils à mettre leurs corps en veille et à faire varier leur température interne ? Les clés sont dans la minipomme !J'avais presque décidé de sauter le mois de janvier malgré mon "engagement" à le publier début février... et puis un ami-lecteur attentionné m'a demandé des nouvelles et dit qu'il s'inquiétait un peu de ne rien lire (on n'était pourtant encore en janvier !).
Je le remercie pour cet encouragement à ne pas lâcher l'affaire jaseries !
Une autre amie, médecin, me confirme que maintenir même a minima l'effort de mettre en forme et rédiger mes petites notes de carnet est bénéfique pour mon intellect fatigable : j'obéis donc à la prescription !

Un autre motif me pousse à poursuivre... beaucoup moins avouable et sympathique : j'ai reçu hier la facture annuelle de mon abonnement Typepad, et effectivement, il faudrait raisonnablement que je me pose un jour la question de savoir si cela vaut le coup de payer pour écrire un ou deux billets par mois ?
Et là la paresse me submerge : pourquoi changer un système confortable (installé depuis 2004, mais gratuit pendant de longues années et devenu payant il y a deux-trois ans) ?
Je fais pareil pour le passe Navigo : je paie pour ne pas avoir à faire le calcul et devoir renoncer au confort de ne rien avoir à faire (ça s'appelle comment cette manie ?)

Il y aura donc finalement pour le mois écoulé quelques articulets, afin de conserver l'élan. Et pour la suite, on verra...

 

Lire la suite "[carnet] mes jaseries de janvier" »


[lu] armen, récit de jean-pierre abraham (1967)

éditions Le Tout pour le Tout, juin 1988, 154 pages, 15 euros (retirage décembre 2017)

4è de couv : " Il faisait le même temps lorsque j'ai vu Armen pour la première fois. La mer était grise, comme toujours lorsqu'on navigue sur un bateau de guerre. J'ai cru reconnaÎtre cet endroit. J'ai souhaité vivre dans ce phare. C'était la meilleur façon pour ne plus le voir. Quand j'ai posé le pied, la première fois, sur ce débarcadère-jouet, je me suis cru chez moi. Mais de toute cette époque, déjà, je me souviens peu." Jean-Pierre Abraham — Armen : tour à tronc blanc, base sombre et sommet noir, 37 m., 48° 03,3 N - 4° 59,9 W - hauteur 29 m. - portée 23 milles - 3 éclats blancs, 20 secondes. Aujourd'hui automatisé, donc inhabité. Ce qui rend ce livre encore plus précieux... — photo J.-P. AbrahamJe n'en avais jamais entendu parler, mais j'espère que cet étonnant récit de phare figure depuis longtemps dans la bibliothèque de tous les voileux de la côte atlantique (sinon, il devrait, point).

Ce n'est pas un marin breton qui me l'a offert, c'est un poète-écrivain ardennais qui savait que la vie et l’œuvre de Jean-Pierre Abraham (1936-2003), son rapport à la solitude, à l'écriture, aux autres, m'intrigueraient, me bouleverseraient. Il avait raison, comme chaque fois.

gardien à Ar-Men (1959-1963)

Extraordinaire histoire d'une vocation : à l'occasion de son service militaire dans la Royale en 1956, Jean-Pierre Abraham croise au large de Sein et Ar-Men.
Séduit par la position et l'isolement du phare, comme envoûté, le jeune homme se promet de revenir pour y travailler.
D'abord une période d'essai de 9 mois en 1959 qui confirme son intention, puis la formation exigeante de gardien de phare au Cap Gris-Nez et à Saint-Nazaire, et enfin l'embauche.
En 1961, il a 25 ans, il est gardien en titre à Ar-Men !
Ce qu'il faut savoir, c'est qu'avant tout ça, ce jeune homme précoce originaire de Nantes était monté à Paris pour étudier les lettres, s'était fait remarquer dans les milieux intellectuels, et avait publié un premier récit au Seuil à 20 ans (Le Vent). Mais l'appel d'Ar-Men avait été plus fort que les sirènes germanopratines.

Lire la suite "[lu] armen, récit de jean-pierre abraham (1967)" »


[calet, charras] les hommes qui pleurent

billet inspiré par la lecture d'Au nom du pire,lien roman de Pierre Charras, de Monsieur Henri, (du même Pierre Charras), et de livres d'Henri Calet que j'ai lus (pas tous mais presque)

Résumé — Quand ça frotte, que ça s’enraye et qu’il faut agir vite, on (le parti) envoie Goneau, Christian Goneau, un rondouillard teigneux et ficelle qui sait « trouver la faille, se méfier du contre et taper dur » ; « le contraire d’une dentellière », plutôt un « vidangeur » de la politique. Car cet expert en nature humaine que les femmes effraient est aussi un grand marrant. C’est ainsi qu’il débarque, le 12 juin 1995, entre les deux tours des municipales, dans une ville (peu importe laquelle) dont le maire, Michaux, en place depuis vingt-cinq ans, est en train d’avaler son écharpe, mis en ballottage par un chevau-léger de l’opposition. Goneau prend pied, rencontre, à défaut du maire étrangement invisible, Sylvie (la mystérieuse chef de cabinet) et Péron (le secrétaire général très investi)… Il hume, rôde, élabore. Tout cela fleure bon le ragoût provincial chabrolien. Mais soudain tout bascule et Au nom du pire, roman posthume de Pierre Charras, passe de la mascarade à la tragédie. Par l’effet d’un simple discours, tout se tend, s’électrise, la plus sombre mémoire que l’on avait tue revient en force : celle qui va de l’Occupation aux lendemains qui devaient chanter. Avec ce roman, Pierre Charras, homme d’une œuvre « lucide, profonde et désabusée » comme l’écrit Philippe Claudel dans son fervent prologue, donne à la fois une grande leçon d’écriture – maîtrisant en virtuose la conduite (et les changements de cap) de son récit – et un coup de sonde redoutable dans le pire de la mémoire collective française, la pelant à vif, jusqu’à son cœur noir. « Les enfants des bourreaux sont des enfants, pas des bourreaux », nous dit l’exergue. Message reçu.C’est attendrissant je trouve, cette chaîne d’écrivains aux yeux rougis : Philippe Claudel qui pleure Pierre Charras (1945-2014), qui pleure Henri Calet (1904-1956) qui retient ses sanglots. Une façon de se donner le courage d’avouer leur goût des larmes ?

J’ai l’air de me moquer un peu, mais pas du tout : j’ai un grand faible pour ces écrivains tendres et douloureux, d’autant plus que comme par réaction d'auto-défense, ce sont aussi des maîtres de l’esquive railleuse, de l’autodérision rieuse, parfois cruelle, un tantinet masochiste. Qui dit larmes ne signifie pas forcément larmoyant.

Philippe Claudel, donc, préface le roman posthume de Pierre Charras dont le titre-jeu-de-mots fleure bon la titraille des petits romans noirs des années 80. Avant de rencontrer l'homme devenu son ami, il l'avait, dit-il, rencontré dans ses livres “ Que j'avais lus comme on entre dans un lieu fait pour nous et au sein duquel on se sent immédiatement chez soi. Un chez-soi qui amène un sourire doux dans le regard, mais serre aussi le cœur. ”. Et comme François Bott, il souligne la filliation Calet—Charras : “ Calet, dont Pierre admirait tant l’œuvre qu'il l'a en quelque sorte prolongée en écrivant un texte rare et précieux, Monsieur Henri,.”.

Au début on se sent loin de Calet dans Au nom du pire : la province, la politique, des personnages typés qu'on verrait plutôt dans un film de Claude Chabrol. Et puis à un moment, quand on passe (je dis pas comment) du cirque électoral de 1995 aux jours terribles de l’Épuration, ça bascule dans l'émotion. Ça reste très roman-roman, construit rapide et efficace, zéro pathos, mais Charras distille en douceur et profondeur le sentiment du chagrin dans un scénario à la Baron Noir (la série télé). Depuis La nuit, le jour et toutes les autres nuits de Michel Audiard, je n'avais pas lu quelque chose d'aussi poignant sur les atrocités populaires ordinaires de la Libération. Et ce temps-là, c'était celui de Calet, celui de Contre l'oubli ou des Murs de Fresnes.

Lire la suite "[calet, charras] les hommes qui pleurent" »


[ma vie] minuscules traumatismes et tout petits bonheurs parisiens

Capture d’écran 2017-11-29 à 08.29.28La Hune a brûlé, mais ce n'était plus une librairie, c'était devenu une galerie photos.
L’œil écoute sur le boulevard Montparnasse, une vraie librairie, a failli couler, et est encore loin d'être saine et sauve.
La rue Monsieur le Prince est envahie de restaurants asiatiques à l'appellation d'origine très questionnable, vietnamiens, japonais, coréens (une exception remarquable : Polidor, depuis 1845).
Le Starbucks Odéon est minable ; pour consommer il faut grimper un escalier signalé comme dangereux, ou se geler sur le trottoir.

Ma gym a changé de quartier. Du carrefour Vavin au Quartier Latin. D'un côté à l'autre de l'intemporel jardin du Luxembourg.
Mes copines de tapis de sol et moi peinons encore à trouver nos marques (trajets, petites bouffes, troquets).
Nous aimions bien les rues Delambre, Bréa, Notre-Dame-des-Champs, Grande-Chaumière.

Cette semaine j'ai trouvé la parade pour éviter l'épouvantable carrefour Edmond-Rostand, ses maxi fast-foods, les travaux du RER.
Je descends à l'arrêt de bus devant le Sénat et je contourne le théâtre de l'Odéon.
La place semi-circulaire, joliment restaurée, est calme, on n'entend aucun bruit ; quand le ciel est bleu, on se croirait dans le poème de Verlaine.

Lire la suite "[ma vie] minuscules traumatismes et tout petits bonheurs parisiens" »


[extraits, calet, bonnand] figaro-ci, figaro-là

google imageCelui-ci est parisien, celui-là est damascène.

L'un coiffe Henri Calet ; on est dans les années 50, à Paris dans le XIVème arrondissement.
Alain Bonnand se rend chez l'autre chaque semaine, en 2007, à Damas.

Quand j'ai découvert l'un ce week-end, j'ai repensé à l'autre ; comme rapprochés dans le temps et l'espace par le talent de deux écrivains connivents dans la tendresse pertinente de leurs observations, et leur espièglerie indémodable.

Honneur à l'ancien, Henri Calet (1904-1956) ; j'ai relevé l'extrait dans Le Croquant indiscret, 1955 :
Calet s'est lancé dans une étude du grand monde ; lui le croquant, le prolétaire, enquête dans les beaux quartiers, pénètre les H.P. (sic : hôtels particuliers !) ; là, il se prépare pour aller déjeuner chez Maxim's...

Suivi d'Alain Bonnand ; l'extrait est tiré de Damas en hiver, 2016, dont j'ai déjà parlé ici.

Lire la suite "[extraits, calet, bonnand] figaro-ci, figaro-là" »


[vadrouilles, paris] les petits musées d’henri calet

billet inspiré par : De ma lucarne, recueil de textes d'Henri Calet ; L’Imaginaire Gallimard, préface de Michel P. Schmitt, 2014, 375 pages, 9 euros 90 lien

DemalucarneHier, je suis allée au Palais Galliera qui n’est pourtant pas un très grand musée, seulement Télérama ayant fort bien vanté l’expo La mode en France 1947/1957,lienon se bousculait devant les podiums et il faisait une chaleur décourageante.

Quand il se baladait dans son Paris tant aimé, si formidablement et tendrement décrit d'un bout à l'autre de son œuvre, Henri Calet (1904-1956) ne croisait sûrement pas de parisiennes en tailleur Fath ou robe de jour Dior. Peut-être quelques femmes soucieuses de leur look qui faisaient copier les modèles des grands couturiers par une couturière de leur quartier. Ou des employées de bureau dégourdies qui confectionnaient elles-mêmes leurs tenues à l’aide des patrons de Modes et Travaux : le prêt-à-porter n’existait pas encore ! Mais Calet, lui, savait où trouver les petits musées peu fréquentés, chauffés mais pas trop, ses préférés. La prochaine fois je suivrai ses conseils, ses pas, et relirai ses chroniques. En faisant attention quand même car certaines adresses sont obsolètes, mais pas toutes !


” Ce n’est pas d’aujourd’hui que j’ai un faible pour les musées peu connus. On dirait que je me suis donné pour tâche de les connaître tous, au bout du compte. ”

Lire la suite "[vadrouilles, paris] les petits musées d’henri calet" »