10 notes dans la catégorie "Bonnand (Alain)"

[lu] armen, récit de jean-pierre abraham (1967)

éditions Le Tout pour le Tout, juin 1988, 154 pages, 15 euros (retirage décembre 2017)

4è de couv : " Il faisait le même temps lorsque j'ai vu Armen pour la première fois. La mer était grise, comme toujours lorsqu'on navigue sur un bateau de guerre. J'ai cru reconnaÎtre cet endroit. J'ai souhaité vivre dans ce phare. C'était la meilleur façon pour ne plus le voir. Quand j'ai posé le pied, la première fois, sur ce débarcadère-jouet, je me suis cru chez moi. Mais de toute cette époque, déjà, je me souviens peu." Jean-Pierre Abraham — Armen : tour à tronc blanc, base sombre et sommet noir, 37 m., 48° 03,3 N - 4° 59,9 W - hauteur 29 m. - portée 23 milles - 3 éclats blancs, 20 secondes. Aujourd'hui automatisé, donc inhabité. Ce qui rend ce livre encore plus précieux... — photo J.-P. AbrahamJe n'en avais jamais entendu parler, mais j'espère que cet étonnant récit de phare figure depuis longtemps dans la bibliothèque de tous les voileux de la côte atlantique (sinon, il devrait, point).

Ce n'est pas un marin breton qui me l'a offert, c'est un poète-écrivain ardennais qui savait que la vie et l’œuvre de Jean-Pierre Abraham (1936-2003), son rapport à la solitude, à l'écriture, aux autres, m'intrigueraient, me bouleverseraient. Il avait raison, comme chaque fois.

gardien à Ar-Men (1959-1963)

Extraordinaire histoire d'une vocation : à l'occasion de son service militaire dans la Royale en 1956, Jean-Pierre Abraham croise au large de Sein et Ar-Men.
Séduit par la position et l'isolement du phare, comme envoûté, le jeune homme se promet de revenir pour y travailler.
D'abord une période d'essai de 9 mois en 1959 qui confirme son intention, puis la formation exigeante de gardien de phare au Cap Gris-Nez et à Saint-Nazaire, et enfin l'embauche.
En 1961, il a 25 ans, il est gardien en titre à Ar-Men !
Ce qu'il faut savoir, c'est qu'avant tout ça, ce jeune homme précoce originaire de Nantes était monté à Paris pour étudier les lettres, s'était fait remarquer dans les milieux intellectuels, et avait publié un premier récit au Seuil à 20 ans (Le Vent). Mais l'appel d'Ar-Men avait été plus fort que les sirènes germanopratines.

Lire la suite "[lu] armen, récit de jean-pierre abraham (1967)" »


[lu] sans picasso, par stéphan lévy-kuentz

Sans Picasso, Dora Maar à Ménerbes, texte de Stéphan Lévy-Kuentz, photographies de Jérôme de Staël, postface de Anne de Staël
aux éditions Manucius,lien novembre 2017, 88 pages, 15 euros

d'un cadeau l'autre
Pour mon anniversaire en juillet, un ami écrivain qui me veut du bien m’avait fait envoyer L’Indésiré de Stéphan Lévy-Kuentz.
Cette fois (en remerciement pour ma chronique qui n’en était pas vraiment une : ici), je reçois l’envoi de l’auteur lui-même pour ce nouvel ouvrage.
Beaucoup plus personnel et sensible qu’un service presse !
Infiniment touchée par le geste, j’aimerais savoir bien mieux rendre compte de la valeur de ce petit ouvrage poétique, élégant et profond.
Heureusement, d’autres, plus légitimes que moi en histoire de l’art, l’ont fait (voir en liens au bas de cet article).

en 4è de couverture : Présentés par Paul éluard au café des Deux Magots, Dora Maar et Pablo Picasso entament en 1936 une liaison passionnelle et destructrice qui durera environ sept ans. Muse et modèle du pape de l’art moderne, Dora Maar n’en reste pas moins l’une des grandes photographes du XXe siècle. Surréaliste et torturée, libre et singulière, son œuvre argentique prend toute sa dimension sous le signe de Man Ray, Brassaï et Cartier-Bresson. La maison de Dora Maar à Ménerbes est le cadeau de rupture que fait Picasso à Dora en 1943. Inconsolable d’amour, délaissant la photographie, elle s’y retirera pour peindre et écrire auprès de rares amis, dont Nicolas de Staël. Habitants historiques de Ménerbes, Anne et Jérôme de Staël ont fréquenté Dora Maar dès leur enfance. Après sa mort en juillet 1997, précédant la réhabilitation des lieux restés à l’abandon, Jérôme de Staël a pu rendre compte par l’objectif de ce quotidien pétrifié. L’évocation d’un temps révolu qui est moins une célébration nostalgique que l’archivage d’un patrimoine affectif inscrit dans la pierre. En postface, Anne de Staël livre un portrait inédit, intime et authentique, de Dora Maar. Arrière-saison d’une époque artistique insouciante balayée par l’accélération du monde, Sans Picasso revisite l’existence d’une femme hantée par « son » Minotaure durant plus d’un demi-siècle. Un texte insolite et poignant qui, au-delà de l’imaginaire, aborde les thèmes universels de la dépossession, de la solitude, du temps, de la finalité de l’art face au réel.petit livre, mais grand à l’intérieur
Petit par ses dimensions, d’apparence modeste derrière la belle qualité de l’édition, surtout riche et très « à part ».
À p’art ! Car c’est aussi un grand livre d’art.s (écriture, photographie, mémoire, réflexion sur la vie d’artiste).
À ce titre et à ce prix, il a sa place partout ! En premier lieu, j’imagine qu’il figure déjà sur les tables-librairies des musées et expos consacrées à Picasso (innombrables... d’ailleurs un « nouveau » musée est annoncé à Aix-en Provence).
Chez moi je ne le range pas avec mes quelques « beaux » livres qui font tapisserie au salon : il a sa place avec les autres, plus secrets, qui racontent une histoire, un destin, un homme, une femme (exactement à ce moment : à côté de Dernière valse à Venise de Stéphane Héaume).

Sans Picasso. Dora Maar. San Pablo
Abandonnée, rejetée, exilée, oublier Picasso était au-dessus des forces de Dora. Mystique, elle décida que pour elle, seul Dieu pouvait remplacer Pablo... et se retira dans la maison de Ménerbes concédée par le peintre à son ex en compensation de la rupture.
Un rivage à Naxos, une thébaïde en Lubéron.

Lire la suite "[lu] sans picasso, par stéphan lévy-kuentz" »


[balade] juillet à saint-germain-des-prés

billet inspiré dans l'ordre d'apparition par : Eric Naulleau, Jean-Paul Caracalla, Alain Bonnand, Stéphan Lévy-Kuentz

La rue Taranne sur le plan Turgot vers 1734 - source WikipédiaUn jour à la télé, j'ai entendu l'excellent Eric Naulleau raconter avec gourmandise ce qu'il faisait chaque année pour son anniversaire : il s'accorde une journée rien qu'à lui, dehors, à pied, dans Paris, au hasard, ne dit rien à personne, ni avant, ni après.

J'ai flashé sur cette idée de célébration solo, d'autant que je ne me souviens pas que le chroniqueur ait dit qu'il s'interdisait tout à-côté festif familial ou amical par ailleurs ! Cette année, j'ai eu le souper fin, les fleurs, les déjeuners-copine, une bougie rose dressée sur un pain au lait par ma toute petite fille, une sortie au théâtre, des messages qui ne doivent rien à la base de données et aux algorithmes de Zuckerberg (je n'y ai pas déclaré mon #bday !), et un livre (dont il sera question plus loin). Déjà fort bien gâtée.

Mais restait mon self-anniversaire... Puisque j'en parle ici, c'est que je n'ai pas suivi jusqu'au bout le rituel Naulleau !

Lire la suite "[balade] juillet à saint-germain-des-prés" »


[extraits, calet, bonnand] figaro-ci, figaro-là

google imageCelui-ci est parisien, celui-là est damascène.

L'un coiffe Henri Calet ; on est dans les années 50, à Paris dans le XIVème arrondissement.
Alain Bonnand se rend chez l'autre chaque semaine, en 2007, à Damas.

Quand j'ai découvert l'un ce week-end, j'ai repensé à l'autre ; comme rapprochés dans le temps et l'espace par le talent de deux écrivains connivents dans la tendresse pertinente de leurs observations, et leur espièglerie indémodable.

Honneur à l'ancien, Henri Calet (1904-1956) ; j'ai relevé l'extrait dans Le Croquant indiscret, 1955 :
Calet s'est lancé dans une étude du grand monde ; lui le croquant, le prolétaire, enquête dans les beaux quartiers, pénètre les H.P. (sic : hôtels particuliers !) ; là, il se prépare pour aller déjeuner chez Maxim's...

Suivi d'Alain Bonnand ; l'extrait est tiré de Damas en hiver, 2016, dont j'ai déjà parlé ici.

Lire la suite "[extraits, calet, bonnand] figaro-ci, figaro-là" »


[lu] damas en hiver, récit d'alain bonnand

lemieux éditeur, août 2016, 136 pages, 14 euros

en quatrième de couverture : Fin des années 2000. L’écrivain Alain Bonnand, accompagné de sa femme, leurs quatre enfants et le chat Lewis, pose ses bagages à Damas, en Syrie. Il entame depuis le quartier Malki, « affreusement résidentiel », une chronique damascène, croquis sur le vif des habitants, de la ville et de ses usages.  Esprit indépendant, père de famille engagé, écrivain soucieux de faire plaisir à chaque ligne, fin connaisseur et amoureux du Proche-Orient, tendre avec les petites gens, se moquant des puissants, Alain Bonnand nous restitue, en un portrait singulier et précieux, Damas et la Syrie tels qu’on pouvait y vivre peu de temps avant la guerre. -- Alain Bonnand (né en 1958) est l’auteur, entre autres, de Feu mon histoire d’amour, Je vous adore si vous voulez, La Grammairienne et la Petite Sorcière. Dans Le Testament syrien, il a rapporté comment il avait vécu, en direct de Damas, les premiers mois de la révolte syrienne et sa répression meurtrière par le régime Assad. Il se partage aujourd’hui entre Florence et Reims. -- photo de couverture : Rivière Tora, quartier Malki, Damas (c) Yahia Abou AssaliDamas, été 2011. Fin du Testament syrien.lien
" Assez de Syrie comme ça."
écrit Alain Bonnand qui vient d'y passer quatre ans.
Les manifestations pacifistes du printemps ont été réprimées dans le sang par le régime, suscitant une rébellion armée. L'affrontement tourne à la guerre civile. Les expatriés sont invités à quitter le pays. Les centres culturels étrangers sont fermés pour " une durée indéterminée ". Les Bonnand rentrent en France.

Retour arrière. Après la fin, le début.
À la rentrée scolaire 2007, venant d'Amman en Jordanie où elle avait séjourné depuis 2003, toute la famille (Monsieur et Madame Bonnand, leurs quatre enfants - 8, 11, 15, 16 ans - et le chat Lewis) emménage dans le quartier résidentiel Malki, au 4031 Abdul Munim Riad. C'est là que commence Damas en hiver.

Prenant son temps (2012 pour le Testament, 2016 pour Damas), dans le désordre, par petites touches personnelles sensibles, Alain Bonnand rassemble son expérience proche-orientale dans des livres rares et d'autant plus indispensables que ce qu'il a vu, connu, vécu et aimé là-bas, n'existe plus.

Lire la suite "[lu] damas en hiver, récit d'alain bonnand" »


[lu] la grammairienne et la petite sorcière, d'alain bonnand

aux éditions Serge Safran,lien mai 2015, 144 pages, 15 euros 90

en quatrième de couverture : Un écrivain répond à une jolie universitaire, sa contemporaine, qui voudrait lui consacrer une étude : « La littérature se vit avant de s’écrire, venez donc vous promener un peu avec moi — Vous me ferez la lecture ? lui demande-t-elle. — Oui, entre deux plaisirs ! » Il retrouve pour elle, oubliés dans une malle, des inédits concernant un amour ancien, la Sylvie de Je vous adore si vous voulez, une jeune éditrice 1990 à qui il aura, décidément, écrit beaucoup de belles choses. De Sylvie à Adeline : humour, séduction et, peut-être aussi, nostalgie…— la littérature peut-elle être une arme de séduction non conventionnelle ?
— absolument : quand elle est maniée par Alain Bonnand !

Les titres des livres lien d'Alain Bonnand sont des énigmes poétiques au grand charme piquant.
La Grammairienne et la Petite Sorcière (avec les majuscules comme il faut) : voyez, celui-ci ne déroge pas dans le registre sibyllin et délicieusement intriguant.

Pourtant, ce titre est aussi tout bêtement l'honnête résultat de la juxtaposition des sous-titres des deux parties qui composent le texte, comme on verra en allant à la table des matières. La grammairienne (un seul chapitre). La petite sorcière (quatre chapitres). Entre les deux une conjonction pour la coordination mais si neutre qu'elle ne dit rien du tout de ce qui lie les deux entités féminines. La quatrième de couverture (passer la souris sur l'image juste à gauche, ou aller voir sur le site de l'éditeur), tellement parfaite qu'on dirait du Bonnand, vend un petit bout de la mèche.

Lire la suite "[lu] la grammairienne et la petite sorcière, d'alain bonnand" »


[relu] martine résiste, recueil de textes d'alain bonnand

Le Dilettante, 2003, 93 pages, 11 euros 50 lien
Martine résiste
reprend l'édition parue au Dilettante en 1988 revue et corrigée par l'auteur et augmentée de sept textes formant l'intitulé
“ L'Amour dans les journaux ”.

présentation de l'éditeur : Proche d'un Morand dont il a le goût du sprint et de la fringale d'aventures, et d'un Nimier, à qui il emprunte la dureté de dent et la pointes démouchetée. Pas d'épanchements chez cet auteur, mais les brefs moments d'une épopée amoureuse où défilent Martine et Annie, Cécile et Nathalie: fugaces comètes de la galaxie Bonnand, aussi vite disparues qu'entrevues, adulées qu'évincées.
couverture : atelier Civard

Bernard Pivot lors d’un Apostrophes lui aurait dit — ça doit pouvoir se vérifier — :
“ Oh, oh !
Alain Bonnand, on couche dans vos histoires ! ”.

— Oh, oh ! Monsieur Pivot, on lisait pas les livres dans vos émissions !
Ou alors c’était la vengeance froide d'une fichiste dédaignée par l’écrivain. Elle n’a même pas obtenu une dédicace malgré le rentre-dedans éhonté qu’elle lui a fait.  Alors elle a mis sur la fiche : “ on couche beaucoup dans les histoires d’Alain Bonnand ”.
Mais dans les histoires d’Alain Bonnand,lien on n’couche pas, Monsieur Pivot, on n’couche pas. Ou pas que, ou presque, ou alors très vite, extrêmement vite. On veut coucher, ou pas coucher, selon. Selon l’âge, la longueur des jambes, la fortune, la qualité de résistance de la dame.  Évidemment il n’est question que de cela, c’est comme qui dirait le thème du recueil. Évidemment.

Martine résiste qui donne son titre au recueil est un poème (en prose) noir. Il faut le lire plusieurs fois. Comme on va revoir un tableau aimé au musée. On s’étonne de le voir autrement, de l’interpréter d’une autre façon, d’y découvrir des détails méconnus, des beautés nouvelles, sombres.

L'Amour dans les journaux n'est pas une revue de presse... certains des articles commandés à Alain Bonnand n'avaient pas été fournis à temps, ou pas envoyés du tout. Merci Le Dillettante ! 

Lire la suite "[relu] martine résiste, recueil de textes d'alain bonnand" »


[lu] chroniques syriennes

Cadre rouge  304 pages - 19.00 € TTC -- "Quelques années avant que la guerre n’éclate, Stéphane Chaumet s’installe en Syrie, dans la ville de Lattaquié.  Ni touriste, ni journaliste, il ouvre les yeux, les oreilles, les narines, les mains, se fait éponge. Les rencontres commencent…    Nisrine, pas voilée, se glace dans l’espoir toujours déçu d’un mariage. Bana, sa cousine de vingt ans, voilée, joue avec le feu plutôt que de se consumer à attendre un mari. Hiba, véritable descendante du Prophète s’est fait tatouer sur le sein le prénom de son amant. Kinda, la cendrillon de 22h30, lutte pour préserver sa liberté. Sarab, brillante étudiante en médecine dont le père, général de l’armée, est surveillé par les services secrets. On croise aussi Victor, peintre français, que son homosexualité précipite dans des aventures périlleuses. Une bibliothécaire chrétienne envoie des SMS à Dieu, un mystique musulman fume du hash roulé dans les pages du Coran…    Autant de romans vrais où le désir, le sort des femmes, les liens de famille, la religion, la surveillance, l’hypocrisie sont vécus par des personnages saisis dans leur intimité. C’est un autre monde que le regard chaleureux de Stéphane Chaumet rend tout proche.    Stéphane Chaumet est né en 1971. Il a publié de la poésie avant Même pour ne pas vaincre, son premier roman, paru en 2011au Seuil."C'est la première fois que cela m'arrive : lire un livre en pensant à un autre... 127 pages, 15 euros -- "Les dames ont été malheureuses en 2011 : Alain Bonnand, qui habitait Damas, qui vivait là, en direct, les débuts de la révolte syrienne, a réservé tout son courrier à son ami le philosophe nihiliste Roland Jaccard. 47 lettres, comme autant de chapitres. On y croise : - Une famille de Français installé bourgeoisement quartier Malki - Un dictateur idiot - Un écrivain rentier, bibliophile, footballeur et cuisinier - Un marchand chrétien, cinq coiffeurs - Un ambassadeur de France réclamant la danse - Un poète en prison au cimetière - Des jardiniers - Un bibliothécaire, sa femme - Des petites poules sur le bec -- Une valse de mots et d'idées qui vaut testament."

Deux écrivains, qui n'ont rien de touristes, ont vécu plusieurs années dans la Syrie d'avant la guerre civile. Leurs récits sont parus à quelques mois de distance (je les ai lu dans cet ordre) :

octobre 2012, Le testament syrien, par Alain Bonnand, chez Ecriture lien
[voir ma note de lecture du 10 novembre 2012] lien

mai 2013, Au bonheur des voiles, par Stéphane Chaumet, au Seuil lien

Lire la suite "[lu] chroniques syriennes" »


[lu] il faut jouir, édith — roman d'alain bonnand

La Musardine, collection Lectures Amoureuses,lien février 2013, 144 pages, moins de 8 euros, réservé aux adultes

quatrième de couv : “Hier, je me suis fait une profonde entaille à la base du petit doigt en ouvrant les huîtres (j’adore les huîtres comme j’adore les moules). D’habitude, je procède tranquillement, en prenant garde de ne pas me blesser. Mais là je pensais à toi ; j’étais très distrait – et pour arranger le tout j’avais bu trois bons petits verres de vin blanc. Je m’étais d’abord fait une légère éraflure, mais faut croire que ça ne suffisait pas. Heureusement, ce n’est pas la main qui te caresse profond, c’est l’autre, celle qui te met deux doigts doux au bord des yeux, sur la tempe, à la racine des cheveux quand tu es belle, le visage tout illuminé de plaisir, et que tu dis : “Je crois que tu vas me faire jouir !» — Soupçonné d’avoir commis deux livres cultes : Les Jambes d’Émilienne ne mènent à rien (Le Dilettante), Feu mon histoire d’amour (Grasset), Alain Bonnand vient de publier, aux éditions Écriture, Le Testament syrien (Valse avec Roland). ”
« Un redoutable manuel de séduction (...). C’est très drôle, très méchant, très pervers. », Jérôme Garcin, Le Nouvel Observateur.

Le tout dernier retour d'Alain Bonnand en littérature (après ceux de 2003 et 2010), même subreptice, donne bien du plaisir...
J'ai déjà parlé ici du très beau Testament syrien (Valse avec Roland) lienpublié en 2012 chez Écriture.
Dans un genre différent, Edith est la réédition ces jours-ci d’un texte érotique épatant publié en 2004 aux Presses Universitaires de France.
Dans son Alexandrine, grande voyageuse à Paris — récit sous forme d’échanges de mails envoyés de Amman en Jordanie où il vivait avec sa famille à l’époque de la promotion d’Il faut jouir, Edith —, Bonnand racontait à sa jeune correspondante parisienne son passage dans l’émission littéraire de Michel Field :

“ Des critiques qui se mettent en quatre pour défendre un livre dont l’auteur, en face d’eux s’ingénie à déconseiller et l’achat et la lecture, c’est cocasse ! (C’est de la petite pochade Il faut jouir dont il était question ; notre Cécile,lienelle, a complètement été oubliée dans cette affaire...) ”

Fine mouche, Alexandrine répondait (toujours sous la plume de Bonnand) :

“ On vous a vu à la télé ! Si tous les écrivains étaient comme vous, le métier d’éditeur serait compromis, mais la littérature serait joyeuse. C’est l’avis général. ”

Bonnand avait fait parvenir à Alexandrine un exemplaire d’Edith avec cette recommandation gentiment tartuffe :

Il faut jouir, Edith, c’est juste pour vous faire plaisir, pas pour lire ! (Ou alors, seulement les dialogues, qui sont bien piquants.) ”

Je sais pas pour Alexandrine, mais moi j’ai tout lu, et ça m’a fait bien plaisir !

Lire la suite "[lu] il faut jouir, édith — roman d'alain bonnand" »


[lu] le testament syrien (valse avec roland), correspondance d'alain bonnand

éditions Ecriture, octobre 2012, 127 pages, 15 euros

... du bon, du bon, du Bonnand !... très riche, très émouvant, très drôle souvent, très intelligent, très littéraire, très humain, très rare : on se demande bien pourquoi un tel livre a été oublié dans les sélections des prix littéraires 2012 !

quatrième de couverture — Les dames ont été malheureuses en 2011 : Alain Bonnand, qui habitait Damas, qui vivait là en direct, les débuts de la révolte syrienne, a réservé tout son courrier à son ami le philosophe nihiliste Roland Jaccard. Quarante-sept lettres, comme autant de chapitres : L'enfumeuse. Le soleil renonce à l'actualité. Prnons Marie, qui n'est pas une femme de chambre. Combien de Maud en Syrie ? Valse pour un rachat. L'ambassade file au but. Petites poules à la guerre. Ente foutdouli la koul ishi, habibi ? Barouf à Malki. Nizar est connu au cimetière... — Quand il ne vit pas au Proche-Orient, Alain Bonnand habite Reims. Il est l'auteur, notamment, de Les Jambes d'Emilienne ne mènent à rien (Le Dilettante), Feu mon histoire d'amour (Grasset), Il faut jouir Edith (La Musardine).Passez votre souris ou tout autre dispositif de pointage pour ordinateur sur l'image de la couverture à gauche, vous pourrez lire ce que l'éditeur dit de l'auteur et de son livre en quatrième de couverture.
C'est bien, mais il n'est pas dit là : pourquoi, sur la couverture, ce beau coq égorgé mis en scène par Triny Prada, artiste colombienne ?

— à cause du titre de l’œuvre reproduite, Matière à penser, et parce qu' Alain Bonnand aime et sait merveilleusement donner à penser sans en avoir l'air ?
— à cause des poules ? référence subliminale pour compléter un titre qui manque exceptionnellement d'un prénom féminin ?
— pour prévenir le lecteur qu'il faudra qu'il creuse, gratte et fouille comme un gallinacé dans les pensées que l'écrivain transpose en images littéraires ?
— à cause du poème intitulé Le Coq, du poète syrien Nazir Qabbani (1923-1998) ?

Lire la suite "[lu] le testament syrien (valse avec roland), correspondance d'alain bonnand" »