[compile] où l'on reparle de renata n'importe quoi et de catherine guérard

[jaserie caniculaire] aux affligés, brasserie parisienne

Métro Glacière, Antoine Meurant, illustrateur 06 82 17 47 21
cliquer pour agrandir

Cherchez pas : j'ai changé le nom de la brasserie Aux Affligés qui sert de décor et de titre à mon billet. Mais ce qui est véridique, c'est que c'est la terrasse la plus proche de l'entrée/sortie du cimetière [bipbip]. Je m'y suis affalée à midi après mon cours de gym, bien décidée à profiter du calme relatif : on entendait surtout les clings et les clangs du montage du marché du samedi. Il me semblait depuis le matin que tout le monde se déplaçait au ralenti, côté ombreux des trottoirs, et de préférence en direction d'une terrasse où s'asseoir et se rafraîchir.

______
note : l'illustration n'a (presque) rien à voir... mais elle me plait beaucoup et est très réfrigérante ; et surtout elle est signée Antoine Meurant dont vous pouvez retrouver les irrésistibles dessins ici, et (il expose en ce moment au Select où je me suis laissée tenter par un autre de ses paysages parisiens malicieux)

Une fois installée (moi), la tablée à côté m'a vite paru fort digne d'intérêt ; je n'avais pas besoin de trop me pencher pour entendre les principaux échanges ; ce que je n'ai pas entendu de la conversation, je l'ai imaginé, évidemment.
Ils étaient huit (un homme âgé, deux vieilles dames, trois ados, et deux belles cinquantenaires : une brune, une rousse).
Tenues discrètement respectueuses mais pas apprêtées. Du tous-les-jours adapté aux circonstances et à la canicule. Imprimés tons neutres pour les dames, les épaules avaient été couvertes de vestes légères, kaki de préférence. Maintenant dénudées, celles de la rousse affichaient fièrement leurs tatouages. L'ancien portait une casquette noire logotée ! Un deuil moderne.
C'était un "après" ; la cérémonie venait d'avoir lieu.
En s'installant au centre du groupe pas plus éploré que ça, la brune monopolisait l'attention. On lui demandait si cela avait été difficile pour elle d'écrire le témoignage qu'elle venait de lire et qui était si touchant. Pas du tout... disait-elle. Elle s'était inspirée du poème de ... [je n'ai pas entendu qui], et avait retravaillé dessus la veille, au bureau.
Elle relançait : Ah oui ? Merci ! Vraiment ? Et David il en a dit quoi ? J'ai écrit ça avec tout mon cœur, vraiment du fond de mon cœur [plusieurs fois]. Ma collègue à qui je l'ai fait lire hier avait les larmes aux yeux !
Eux : Très émouvant, très [plusieurs fois].
Les ados parlaient entre eux, visiblement hors sujet et heureux de l'être.
Soudain l'ancien a fait une remarque qui m'a glacée :
— Si tu lui avais écrit ça plus tôt, il n'aurait pas fait cette bêtise...
Vraiment le truc à ne pas dire, quelle que fut la bêtise en question, et surtout si c'était vrai !
C'est lui aussi, l'ancien, qui a donné le signal du changement de conversation en s'adressant à la brune,
— Bon, maintenant il faut passer à autre chose, s'occuper de la maison ; on fera un rallye là-bas cet été, tu vas être très occupée ma chérie !

Life must go on!

 

distribution envisagée (d'autres sont possibles)

  • la fille du défunt : la brune
  • le frère du défunt : le vieil homme à la casquette logotée
  • l'autre fille du défunt : la rousse
  • l'épouse du défunt, l'amie de l'épouse, les jeunes : silhouettes (sans dialogues)

 

Commentaires