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[paris, calet] 26, rue de la sablière,14è arrondissement

26 rue de la Sablière 75014 ParisCe devait être un simple statut facebook comme ils disent : regardez comme Paris c'est joli un dimanche de confinement ouvert, et comment je finis quand même par quitter mon canapé quand c'est pour faire du tourisme littéraire, surtout pour Henri Calet (1904-1956) !
En plus, c'est vraiment pas loin de chez moi...

Et puis des photos, en rentrant j'en avais trop, des choses à expliquer, des liens à faire... alors ce sera une petite note-chatouillis pour servir d'introduction à celle (à venir) qui parlera vraiment de Henri Calet, Je ne sais écrire que ma vie, essai biographique par Michel P. Schmitt, préface de Joseph Ponthus, PUL, mars 2021, 260 p. 20 euros.

En 1945, Henri Calet s'installe avec sa femme au 26, rue de la Sablière. Il y vivra, n'y sera pas très heureux, mais y reviendra jusqu'à la fin de sa vie, une dizaine d'années plus tard.

J'y arrive ce dimanche par la rue Didot. À l'angle avec la rue Bénard, un bâtiment années 30 trop blanc domine la jolie petite place Flora Tristan ou s'arrête le 58.
J'avais déjà jeté un œil avec Street View et le 26 m'avait perplexée.
Je m'avance sur le trottoir impair. En face, le 26-28 est le bâtiment le plus laid de la rue. Un moment j'espère que c'est une construction d'après 1960, que l'immeuble de Raymond Barthelmess (son vrai nom) a été démoli. Mais sans doute, non (infra).
Je vais m'asseoir sur un banc de la place et replonge dans Je ne sais écrire que ma vie.
En 1948, Paul Guth se rend chez Calet pour l'interviewer (La Gazette des Lettres).
Voici ce qu'il voit (extrait) :

La rue de la Sablière, dans le 14è, qu'il ne faut pas confondre avec celles de la Sablonnière, de Sablonville et des Sablons, s'ouvre de fort engageante mine par le café " Chez René, vins de renommée, aux vrais insouciants ".
Parmi les boucheries, robinetteries et débits de tabac, Henri Calet habite un building, déprimé, cartonné, aux fenêtres rectangulaires, qui a cru bon de prendre deux mètres de recul pour toiser la douce rue.
— Au huitième !, soupire la concierge, l'ascenseur ne fonctionne pas.
Je gravi un escalier de pâté de faux marbre, avec vue ascendante, horizontale, plafonnante, sur deux couches-culottes usagées qui sèchent dans un autre bloc d'immeubles. Au septième, une bicyclette d'azur, cabrée, attachée à la grille de l'ascenseur, semble servir aux locataires pour grimper selon la méthode des motocyclistes de la Cuve de la mort.
Je croyais trouver un sec fragile, un sourcilleux de haute taille, un gavroche quadragénaire, avec la grisaille aiguë et l'élocution en pointe de la capitale. La porte me révèle un élégant d'attitude modeste, un espagnol lustré, aux cheveux de velours à peine striés d'une allusion grise. Un dodo d'Ibérie aux joues parcourues de doux plis qui prennent racine dans le cou, s'effilochent en stries près des yeux et se nouent en lavallière autour de la pomme d'Adam sous un menu menton circonflexe.

L'impromptu, à l'entrée de la rue de la SablièreJe n'ai pas vu de café " Chez René ", sans doute remplacé par " L'Impromptu " (photo).
Je n'ai pas vu de boucherie, ni de robinetterie, mais l'immeuble est bien en retrait de l'alignement de la rue, la hauteur correspond, il y a tout là-haut des lucarnes, un ascenseur, du faux marbre ébréché.Henri Calet, Vence, 1956

La description physique faite par Paul Guth correspond bien je trouve à la couverture de Je ne sais écrire que ma vie : Calet photographié à Vence en 1956, sans doute fort peu de temps avant sa mort le 14 juillet d'une cardiopathie invalidante qu'on ne savait pas traiter à l'époque. 

L'esprit Calet n'est pas franchement perceptible rue de la Sablière. Et bien sûr, pas la moindre plaque commémorative ni enseigne reprenant ou adaptant les titres si bien trouvés des livres de Calet (il y a bien un " Tout pour rien " avenue du Maine, mais c'est tiré par les cheveux et mauvais, je sais). Pourtant à force d'allées et venues le long de la courte rue, j'ai ressenti peu à peu une petite consolation amusée et émue à être certainement la seule à penser à Henri Calet à cet endroit, à ce moment là.
C'est un peu triste mais il aurait aimé ça, je crois.

 

mon étagère Calet (il m'en manque !) — de gauche à droite : Peau d'ours, Rêver à la Suisse, Monsieur Paul, Le Bouquet, Le Tout sur le ToutDe ma lucarne, Contre l'oubli, Poussières de la route, La belle lurette, Les grandes largeurs, Huit quartiers de roture

En attendant ma note de lecture... lisez du Calet !
Le Tout sur le Tout, De ma lucarne, Les grandes Largeurs, Le croquant indiscret, Contre l'oubli...

Lisez aussi Aux flaneurs des deux rives lien, la belle préface de Joseph Ponthus, grand admirateur de Calet ; elle est disponible sur internet en hommage des PUL à l'auteur de À la ligne lien, mort le  24 février 2021 à 42 ans.

Vous lirez Je ne sais écrire que ma vie, après, tout de suite après.

 

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