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[remembrance] le jour où j'ai gagné le prix babelio...

picnic Babelio, juillet 2012, parc BercyÇa serait pas un effet collatéral du confinement, cette bouffée de nostalgie et d’apitoiement (même amusé) sur soi-même ?
Ou plus simplement, un petit coup de revenez-y, que je viens de prendre en plein plexus, en allant sur la page que Babelio consacre à la prochaine édition 2020lien de son prix littéraire ?

Histoire d'illustrer leur initiative, les organisateurs ont repêché dans leurs archives cette photo (que j'avais complètement oubliée et peut-être même jamais vue ?) sur laquelle je brandis fièrement un diplôme Prix Babelio (1).

Remettons les choses à leur place : en 2012, il s'agissait d'un prix pour rire, un prix pour la convivialité ; un petit concours de nouvelles proposé aux membres du réseau Babelio, dont le thème était la rencontre ; toujours est-il que j'avais gagné et que j'étais pas peu fière, trop heureuse, ce jour-là sous les arbres du Parc Bercy ! Pour un coup d'essai... (je n'ai jamais réitéré l'exercice depuis).

Évidemment, tant qu'à faire puisque je l'ai retrouvée, je la ressors... soyez indulgents, c'est gentillet, mais il y a dedans quelques éclats dystopiques qui font actualité aujourd'hui !
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1. Dommage qu'à l'époque, le port du masque n'ait pas été imposé !

Close encounter, par tilly pour Babelio, juillet 2012

— Mammy, raconte-moi comment tu as rencontré grand-père.
— Euh, tu sais ma petite fille, les choses ont beaucoup changé. Il faudrait que je te parle d’un temps et d’un mode de vie que tu ne peux même pas imaginer.
— Allez grand-mère, je suis plus un bébé, accouche !
— Tu l’auras voulu ma chérie : ton grand père et moi, nous nous sommes rencontrés dans la vie réelle...
— Dans quoi ?
— Tu vois je t’avais prévenue... En ce temps-là on disait “IRL”, mais ce n’était pas du tout “ir-réel”, bien au contraire. J’avais vingt ans, c’était au début du mois de juillet 2012, juste après les concours. Il faisait beau, il y avait des pique-niques organisés un peu partout sur les pelouses des squares et des parcs dans tout Paris. Maintenant avec le “couvre-pollution” ce ne serait plus possible. Nous pouvions sortir à n’importe quelle heure, nous promener n’importe où. Pas comme aujourd’hui où les sorties sont réglementées et autorisées seulement dans les cas graves. Par contre il faut reconnaître que les conditions de logement et le confort n’étaient pas les mêmes. Les appartements étaient très petits, pas du tout climatisés, alors on se retrouvait entre amis au dehors, dans les cafés l’hiver, le long de la Seine l’été. Sinon, on avait déjà des réseaux sociaux qu’on utilisait pour se donner rendez-vous. Mais les noms ne te diront rien : Facebook, Twitter, Babelio...
— Grand-mère, rebranche ! Tu diverges... tu disais qu’un jour d’été en 2012 ?
— Ah oui, pardon mon petit, tu as raison, je radote. Tu sais à l’époque je lisais beaucoup, pas comme toi maintenant. D’ailleurs les livres comme ceux que nous lisions, ça n’existe plus. Je vais encore t’ennuyer si je te raconte... Bref, je m’étais inscrite à un réseau social dont les membres comme moi aimaient les livres, et parler de leurs lectures. Alors je suis allée un dimanche au rassemblement organisé par le réseau dans un grand parc qui n’existe plus aujourd’hui. J’avais amené mon pique-nique dans un panier et aussi un roman que j’avais spécialement choisi pour servir de lot au tirage au sort de livres qui serait organisé dans l’après-midi. On nous avait demandé de l’emballer comme un paquet-cadeau pour garder le mystère. Je me souviens, c’était Les Chroniques Martiennes de Ray Bradbury. J’avais écrit un petit mot sur une page blanche du livre avec mon pseudo pour expliquer que j’aimais beaucoup ce recueil de nouvelles dont l’auteur venait justement de mourir, très âgé. Enfin à l’époque cela nous semblait un âge très avancé, 91 ans. Aujourd’hui quand on meurt à 110 ans, c’est dans la fleur de l’âge.

— Mammy... !
— Ah oui ! Donc : il faisait très beau, il y avait plein de monde. Je ne connaissais personne, mais les organisateurs avaient prévu des jeux littéraires, des quizz, qui peu à peu ont rapproché les participants. Et puis le moment de la loterie est arrivé. Le tirage au sort m’a attribué un petit paquet mal fagoté dans un papier cadeau rouge un peu fatigué. Impatiente de découvrir mon lot je m’apprêtais à déchiqueter l’emballage, mais tout en gardant un œil sur le paquet que j’avais remis à la loterie ; et là, justement, il venait d’être tiré au sort par un jeune homme que je n’avais pas remarqué jusqu’ici. Je m’approchais de lui précautionneusement pour surveiller sa réaction sans qu’il m’aperçoive, tout en ouvrant mon propre paquet. Bingo ! Chaque paquet contenait la même édition Poche des Chroniques Martiennes ! Je n’eus même pas besoin de vérifier que le pseudo inscrit sur son badge figurait aussi sur mon livre. Nous nous faisions face, émus et souriants. A la nuit tombante nous étions les derniers sur la pelouse, insensibles au frais qui venait, nous avions encore tant de choses à nous dire...
— Ah, c’est tout ! Mais après, grand-mère, qu’est-ce qui est arrivé, après ?
— Après ? Ray, ton papa, est arrivé neuf mois plus tard. Avec ton grand-père quand on reparle de ce temps-là, on dit que c’était notre “Close Encounter of the Third Kind” à nous, mais ça tu demanderas à ta mère de t’expliquer...

 

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