[#rl2018] le silence du moteur, roman d'olivier lebé
[babelio, masse critique] et ses démons, roman d'edward limonov

[#rl2018] ma dévotion, roman de julia kerninon

La Brune au Rouergue, août 2018 lien, 304 pages, 20 euros

4è de couverture : Quelle est la nature du sentiment qui lia toute sa vie Helen à Frank ? Il faut leurs retrouvailles, par hasard à Londres, pour qu’elle revisite le cours de leur double existence. Elle n’espérait plus le revoir – tous deux ont atteint les 80 ans – et l’on comprend qu’un événement tragique a mis fin à leur relation. Dans un retour sur soi, la vieille dame met à plat ces années passées avec, ou loin, de Frank, qu’elle aida à devenir un peintre célèbre. Une vie de femme dessinée dans toutes ses subtilités et ses contradictions. Dans ce quatrième roman, Julia Kerninon, qui a obtenu de nombreux prix pour ses précédents livres, déploie plus encore ses longues phrases fluides et imagées, d’une impeccable rythmique. — Née en 1987 à Nantes, Julia Kerninon est docteur en littérature américaine. Son premier roman, Buvard, a reçu de nombreux prix, dont le prix Françoise Sagan. Elle a été lauréate de la bourse Lagardère du jeune écrivain en 2014. Son deuxième roman, Le dernier amour d'Attila Kiss, a reçu le prix de la Closerie des Lilas en 2016.Ah le beau roman-roman !

Sur un trottoir de Londres, Helen croise Frank Appledore qu’elle n’a pas vu depuis vingt-trois ans.
Ce serait une situation banale si Frank et elle ne se connaissaient pas depuis leur enfance à Rome dans les années 50, si ils n’avaient pas passé la majeure partie de leur longue vie ensemble, vécu en couple de nombreuses années à Amsterdam, puis dans un village du Perche, lieu de leur rupture.

Drôle de vieille dame, cette Helen.
Plantée sur le trottoir, elle entreprend pour Frank, octogénaire comme elle, la remémoration à haute voix de leur attachement profond mais dissymétrique.
On comprend très vite que cela s’est très mal fini.

« Nos tempéraments portaient en eux, dès le départ, ce qui allait causer notre chute et la mort d’un innocent. »

Frank est devenu auprès d’Helen, un peintre célèbre et riche, un bon vivant.
Helen se présente comme une intellectuelle discrète et consciencieuse, maîtrisant parfaitement les mots à l’écrit, mais embarrassée à l’oral.
Tout aurait été différent, pense-t-elle, si elle avait pu parler à Frank comme elle commence à le faire là, à quatre-vingts ans, dans la rue.

Le monologue d’Helen (Frank reste étrangement silencieux) est-il fantasmé ou réel ?
La romancière nous laisse dans l’expectative : le dispositif narratif est habile et follement romantique parce que justement ce long déballage censé se dérouler en temps réel n’est pas possible...
sauf en littérature !

Helen est-elle à plaindre ou à louanger pour son dévouement amoureux sans limites ? Est-elle une victime ou un monstre ? Son malheur vient-il vraiment de sa difficulté à exprimer ses sentiments ? Des sacrifices qu’elle a consentis pour servir (ou asservir) Frank ? N'est-ce pas plutôt à cause de son orgueil démesuré et de son obstination à tenir le compte de tout ce que lui doit Frank : sa vocation, sa carrière, son équilibre ? Une mante religieuse sous l'apparence d'une libellule ?

Étrange roman d'amour (absolu ? vache ?) qui ne suit aucun schéma connu.

J’avais dès son premier roman Buvard (une histoire de possession spirituelle entre créateurs), aimé l’imaginaire subtilement inquiétant de Julia Kerninon, et son écriture impeccable et limpide, efficace.
Un roman talentueux et passionnant comme  Ma dévotion rassure et console de la publication de certaines autofictions minimalistes, écrites (?) comme les témoignages (faux) de lectrices dans les revues féminines (je n’ai rien contre ces magazines et leurs lectrices, non, mais contre ces autofictions, si !).

 

Commentaires