[#jesuisrestigouche] taqawan, roman d'éric plamondon
[lu] sans picasso, par stéphan lévy-kuentz

[babelio, masse critique] l'affaire mayerling, roman de bernard quiriny

Rivages, janvier 2018,lien 300 pages, 20 euros
lu pour l'opération Masse Critique de Babelio lien (on choisit un livre dans une liste de nouveautés, on reçoit le livre, on donne son avis sur le livre, on le partage)

4è de couv' : Qu’arrive-t-il aux habitants du Mayerling ? Cette résidence neuve de haut standing, aux occupants triés sur le volet, est une promesse de sérénité à laquelle succombent de nombreux acheteurs en quête de sécurité dans la petite ville de Rouvières. Mais derrière ses portes protégées par les digicodes, la vie se dérègle peu à peu. Les Lemoine, jeune couple dynamique, s’entredéchirent la rage au ventre. M. Paul rêve d’assassiner les bruyants locataires de l’étage supérieur. Une odeur pestilentielle s’échappe du logement de Mme Meunier. Mme Chopard voit le fantôme de sa mère. Et la très pieuse et honorable Mme Camy se retrouve soudainement rongée par le désir. Aléas incontournables de la vie en communauté ? À moins que le Mayerling ait décidé d’en finir avec ses résidents… De situations cocasses en dérapages absurdes et incontrôlables, le narrateur retrace pour notre plus grand plaisir le naufrage d’une communauté aux tensions exacerbées. Véritable satire de l'urbanisme contemporain, ce roman aussi drôle que glaçant, héritier survolté de La Vie mode d’emploi de Perec et de La Trilogie de béton de J. G. Ballard dresse le portrait d’une société prisonnière de ses rêves de béton. — Bernard Quiriny, né le 27 juin 1978 à Bastogne, est un écrivain belge, docteur en droit, critique et professeur universitaire de philosophie et de droit à l'université de Bourgogne.Genre : thriller immobilier
Style : dossier, notes, observations, réflexions
Lieu1 : une résidence de cinq étages (Le Mayerling) dans un quartier plutôt chic d'une ville de province moyenne
Personnages (de chair) : les copropriétaires (une vingtaine), deux enquêteurs amateurs non assermentés (le narrateur et son acolyte Braque)
Chronologie2 : la promotion du programme, la construction, l'installation des habitants, les ennuis qui commencent, l'amplification des désastres, le point de non retour, la réaction des victimes...

Le copain du narrateur (Braque, pas de prénom) a, parmi d'autres idées plus ou moins congrues mais toujours plaisantes, celle formidable de faire venir du public payant pour assister aux A.G. de copropriétaires que l'on prévoit les plus sanglantes (entrées qui seraient reversées au compte de la copropriété).
Moi je suggère en sus que tout nouvel accédant à la propriété collective, reçoive chez le notaire, en même temps que le règlement intérieur qu'il doit lire et parapher, un exemplaire du roman de Bernard Quiriny, pour son éducation, son édification et peut-être sa consolation au cas où les choses tourneraient mal : ça ne pourra jamais être pire qu'au Mayerling !
Quant aux autres, les locataires, et surtout les propriétaires de maisons individuelles, qu'ils ne plastronnent pas trop vite, ils liront L'affaire Mayerling avec un certain détachement amusé, certes, mais qu'ils n'oublient pas que la littérature regorge d'histoires de maisons hantées3.... brrrr ! 

________
1. le bandeau illustré est joli mais trompeur !

2. voir la bonne 4è de couverture (en cliquant sur l'image)
3. par exemple, La chute de la maison Usher d'Edgar Allan Poe (écrivain souvent cité comme "influence" chez Bernard Quiriny, mais ici moins que James (J.G.) Ballard (High Rise), Topor (Le locataire), Paul Guth (Naïf locataire), Daninos (Made in France), Marcel Aymé (La maison basse) qui font de la figuration bibliographique très intelligente dans ce roman)

Plus sérieusement. Autant que le fond, délectable, j'ai adoré la forme du roman de Bernard Quiriny.
Surtout son idée fameuse de faire raconter l'histoire abracadabrante de l'immeuble méchant par deux mecs improbables genre Bouvard et Pécuchet.
Leurs incidentes et réflexions personnelles (surtout celles de Braque) absurdes et hilarantes, naïves ou pleines de bon sens enfantin (ce n'est pas contradictoire) font le sel de ce conte pas si burlesque que ça.
Bien des avatars des malheureux habitants du Mayerling prennent leur source dans des mésaventures immobilières qui nous sont familières. Seulement ça dérape sérieusement, et Quiriny s'en donne à cœur joie dans la fiction catastrophe à échelle urbaine.
Pour notre plus grand plaisir.

Merci à Babelio et Rivages pour cette lecture intrigante, intelligente et plaisante.

 

extrait

[...] je répète, c'est un spectacle.
— On pourrait vous prendre au mot, dit Braque, et organiser les assemblées en public, avec des gradins. Entrée 5 euros, à verser sur le compte de la copropriété.
— Excellent. On se bousculerait aux A.G. les plus prometteuses, celles des copropriétés dont les habitants se haïssent. Le public applaudirait aux meilleures répliques, ferait du chahut, etc.
— Imaginez le pauvre gérant du syndic, qui doit faire procéder aux votes dans ces conditions !
Le rôle du gérant, grave question. Le bon déroulement de l'assemblée repose sur ses épaules. La plupart ne sont pas formés. Ils ont de vagues connaissances techniques et juridiques, mais ils ignorent l'essentiel : la psychologie des foules, l'art de diriger un débat. Au moindre désaccord entre les copropriétaires, ils sont dépassés.Comme les copropriétaire ne peuvent pas se taper trop dessus, pour les raisons indiquées ci-dessus, ils se retournent contre le syndic, transformé en punching-ball collectif. Syndic est un métier de chien.

Commentaires