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[lu] le point de schelling, roman de david rochefort

Gallimard, Collection Blanche, mars 2017,lien 224 pages, 18 euros 55

4ème de couverture — Avec Le point de Schelling, David Rochefort poursuit son étude d’une génération contemporaine désorientée.  Son personnage, Nissim, oscille entre inertie et agitation, espoir et désespoir. Écrivain par hasard, menteur par jeu, voyageur par lâcheté, son drame est d’être incapable de choisir. Tout à la fois auteur d’une œuvre qui finit par le dévorer et antihéros de sa propre vie, Nissim cherche par tous les moyens à combler un vide. Avec Alba, il croit avoir trouvé une partenaire de rêverie. Mais celle-ci se révèle insaisissable, fuyante, échappant constamment au rôle qu’il entend lui faire jouer.  Que ce soit en Espagne, où il cohabite avec un étrange sosie de Dalí qui rêve de Ceausescu, ou à Paris, partout Nissim cherche à diriger sa vie comme on mettrait en scène une pièce de théâtre. Sans se faire d’illusions, il écrit pour essayer de sauver son couple, s’enfonce dans le mensonge. Il en est réduit à craindre des ombres, à se confronter aux spectres de son passé. Mais quand on n’arrive plus à croire en rien, l’imagination ne constitue-t-elle pas un dernier refuge ?À vingt ans, Nissim a écrit un roman, avec ses tripes, d'un seul jet.
Mais lorsqu'ils lisent le manuscrit, ses parents n'apprécient pas du tout, se fâchent, et coupent les vivres à leur fils unique.
Pourtant il a bonne conscience car il est persuadé n'avoir rien mis d'autobiographique dedans.
D'ailleurs lorsqu'il se présente, il invente pour chaque nouvel interlocuteur une histoire familiale différente, des origines étonnantes, une enfance bouleversante.
Il vit de petits boulots, est finalement publié, mais son livre ne lui rapporte rien.

Tirant le diable par la queue, il traîne, il dérive, attendant la bonne occasion de refaire sa vie, loin de Paris.
À l'hôtel borgne près de la Gare du Nord où il est veilleur de nuit, il tombe amoureux d'Alba, réceptionniste le jour. Sac au dos, il partent ensemble pour la Costa Brava, le soleil, le farniente, l'aventure rêvée.

Ça c'est le synopsis à très gros traits de la première partie du roman,  intitulée “ Vie de Nissim ”. Avec les titres des deux suivantes, “ Le livre de Nissim ” et “ Le livre de l'exil ”, on s'attendrait presque à lire l'histoire d'un prophète ou d'un saint ! Preuve si l'en fallait de la malice de l'auteur, de son humour à froid. Car Nissim est un drôle de type pas très sympathique qu'on a du mal à plaindre (à sa décharge, il ne cherche jamais à se faire plaindre).

Sans amis véritables, presque sans famille, sans ambition : Nissim est un quasi marginal qui se laisse ballotter par l'existence mais ne veut pas le reconnaître. On peut même dire qu'il a plaisir à amplifier le mouvement de la houle, et dans le mauvais sens de préférence... Sa mythomanie pourrait être un atout pour persévérer dans la création littéraire (je blague !), mais il est trop velléitaire pour mener à bout un projet, et la paranoïa qu'il finit par développer l'entraîne sur des routes de plus en plus hasardeuses, ne renonçant malgré tout jamais à la quête d'un point d'équilibre dans son existence et d'une clé à ce qu'il a déjà vécu.

C'est le deuxième roman de David Rochefort, après La paresse et l'oubli (note de lecture ici). Nissim après Benjamin. Le troisième livre est en chantier (voir le site de l'auteur ici). Une œuvre exigeante se construit. Un ton, un style, reconnaissables. Sans compromissions ou ménagements pour le lecteur : le romancier nous fait suivre des personnages complexes, inattendus, horripilants ou insupportables, des romantiques modernes, à la limite de la folie ou de l'inadaptation sociale. Sans imposer avec précision les clés de leurs comportements décalés.

Des vies comme ça, je pressens qu'il en existe ; des jeunes comme ça, j'en croise peut-être dans le métro, dans la rue, en voyage, sans les remarquer parce que je n'ai ni le sens de l'observation ni l'imagination du romancier, ni leur âge. Il n'y a pas, même sur le papier, de consolation ou de rédemption pour ces vagabonds célestes ratés, épris de leur liberté, dont l'unique réussite indiscutable est d'être nés de la plume sublimatoire de David Rochefort.

“ Maître du temps et de l'espace, marionnettiste de génie, petit démiurge parfois sadique, [l'auteur] ne se présente pas, ne s'abaisse pas à cela. [...] [Il] exige donc du lecteur  qu'il fasse le sacrifice de sa vie réelle et brouillonne pour entrer dans son pur fantasme. Alors celui-ci ouvre le livre et pénètre dans un monde où tout se trouve déjà à sa place sans que lui ne sache rien, ne comprenne rien. Il rattrape la vie en cours, en quelque sorte et il a tout à réapprendre. [...] Et le lecteur est prié de croire que ces personnages brossés en quelques mots sont plus vifs, plus réels, que les tristes copies qu'il côtoie désormais dans sa triste vie d'adulte. ”

En gros : moi l'écrivain, je me charge de t'introduire dans un monde nouveau que tu ne connais pas ; toi le lecteur, laisse-toi faire, suis-moi en littérature.
Voilà : c'est dès le début du roman le "contrat", léonin mais motivé, que David Rochefort passe avec son lecteur...
Pour ce qui me concerne, il a été parfaitement rempli par les deux parties !

Et le point de Schelling, alors ? Vous irez voir sur le site de l'auteur...
Un indice : l'histoire des deux espions " [...] qui devaient se donner rendez-vous dans une ville, sans savoir ni à quelle heure de la journée, ni en quel lieu. Leur seul moyen d'espérer se croiser consistait à anticiper ce que pouvait penser l'autre et d'agir en fonction de ce qu'on pensait que l'autre pensait. La solution la plus rationnelle consistait dès lors à se donner rendez-vous sur la plus grande place de la ville à midi : heure neutre, lieu neutre. ”
Ou alors, mais là c'est mon interprétation, ce défi qu'Alba lance à Nissim : “ Trois semaines durant, Alba ne lui adresse la parole que pour évoquer la soirée du nouvel an qui approche, elle lui laisse croire qu'elle désire quelque chose mais qu'elle ne lui dira pas de quoi il s'agit, qu'il doit, s'il l'aime vraiment, être capable de le deviner. ”

 

>> on en parle ici aussi :

 

 

  • [à compléter]

 

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