[lu] naufrages, roman de philippe zaouati
interlude, interlunes

[ego] moi, lectrice en gros et en détail

image from http://s3.amazonaws.com/hires.aviary.com/k/mr6i2hifk4wxt1dp/14080813/6f97af17-9254-4b9f-9c3b-2c888b86d083.pngTant pis, il faut que ça sorte, que j'explique pourquoi je ne poste plus grand-chose sur Ce Cher Vieux Blogue. Pas encore primo-grand-mère, et déjà débordée... Mais pas que. Je me suis engagée il y a un peu plus d'un an à ne pas publier ici, ni ailleurs, les comptes rendus de lecture que je rédige, à raison de trois-quatre par mois, pour le comité de lecture des Notes Bibliographiques (Union Culture et Bibliothèques pour Tous).

Chaque semaine ou presque, je lis une nouveauté littéraire et en rédige l'analyse. Souvent aussi je relis le livre analysé par un autre membre du comité de lecture. Les livres sont distribués au hasard (pas choisis), nous ne les gardons pas. Nous sommes une cinquantaine de lecteurs bénévoles à participer à ce "travail" qui donne lieu à la publication d'une revue mensuelle sur l'actualité littéraire, destinée aux bibliothécaires, libraires et grands lecteurs. L'exclusivité de nos avis (200 mots maximum par livre) est réservée à ce système qui marie efficacement professionalisme et bénévolat

Les livres dont je parle sur ce blogue, soit je les ai achetés, soit je les ai reçus dans le cadre d'une opération Babelio (là c'est moi qui choisis), soit encore, mais rarement, leurs auteurs m'ont envoyé leur ouvrage avec une demande gentiment formulée de le lire et d'en parler. Autre filtre : je parle volontiers de mes coups de coeur, rarement de mes coups de gueule, mais si ce que je lis est juste sans charme, convenu, ou déplaisant, je n'en parle pas du tout. Je ne suis pas une blogueuse littéraire, juste une lectrice qui blogue pour le plaisir de faire partager des découvertes sympas, le plus possible hors des sentiers battus de l'édition à fort tirage.

Pour en revenir à l'activité dont je parlais au début de l'article, je trouve maintenant un peu dommage de laisser se "perdre" mes souvenirs de bonnes lectures des mois passés. Autant pour moi que pour vous, je vais faire la liste de ce que j'ai particulièrement aimé, à vous ensuite de chercher sur le web, pour ce qui vous attire, d'autres avis de lecteurs, plus explicites que les miens ! Mais je suis bête, il y a une autre solution : vous vous abonnez aux Notes Bibliographiques ou à la version numérique : l'Hebdo des Notes !

En juillet, j'ai lu pour les Notes Bibliographiques (numéro de la rentrée littéraire, à paraître en octobre) :

  • Oona & Salinger, roman de Frédéric Beigbeder
    à mon étonnement, j'ai vraiment bien aimé, surtout à cause des personnages choisis ; l'histoire de J.D. Salinger soldat est poignante
  • Je suis fou de vous, biographie de Dominique Bona
    bio classique, les dernières années de la vie de Paul Valéry, son histoire d'amour puis de désamour avec la jeune et très courtisée (par les intellectuels) Jeanne Voilier
  • La langue des oiseaux, roman de Claudie Hunzinger
    une grande et bonne surprise, écriture inventive, poétique, histoire et personnages très originaux : la rencontre et la cavale de deux femmes qu'a priori rien ne rapproche, si ce n'est l'amour de la langue française
  • Pomme S, roman d'Eric Plamondon
    je l'avais déjà lu dans son édition québécoise, pour compléter les deux premiers volumes de la trilogie 1984, sur Johnny Weissmuller et Richard Brautigan découverts par hasard ; bien que je préfère le tome 2 sur RB, celui-ci sur Steve Jobs est jubilatoire et sensationnel (découvrir au début du texte la description seconde par seconde du film publicitaire que SJ commanda à Ridley Scott pour le lancement du Macintosh en 1984)

Pour moi, j'ai lu (entre hier et aujourd'hui)

  • Mon ami, cet inconnu, de François Cérésa
    beaucoup beaucoup aimé, j'en reparlerai ici

Sélection ("j'ai aimé") dans mes lectures des mois précédents pour les Notes Bibliographiques (ordre chronologique inversé, juin 2014 - mars 2013)  :

  • Goat Mountain, David Vann (Etats-Unis)
    noir et violent à faire craindre de tourner les pages, mais totalement réussi ; sur la chasse, les armes, l'instinct de mort, l'initiation d'un jeune garçon dans une nature hostile
  • Comme un chant d'espérance, Jean d'Ormesson
    proclamé "roman", mais plutôt un essai philosophique de haut vol sur Dieu, l'Homme, et la Création ; remarquable, peu d'anecdotes et de références personnelles
  • De toutes les richesses, Benni Stefano (Italie)
    un vieux professeur de littérature retraité, poète, reclu dans la montagne ; sa rencontre avec la belle Michelle, sosie d'un amour de jeunesse ; beau roman sur les richesses et les frustrations de la dernière période de la vie
  • Le livre des secrets, Fiona Kidman (Nouvelle-Zélande)
    à partir de faits historiques, l'épopée d'une congrégation écossaise d'émigrants installée à Waipu ; trois beaux portraits de femmes niées ou punies pour leur comportement libertaire, leur opposition à la religiosité
  • Calcutta, Shumona Sinha
    thèmes du déracinement et de la quête identitaire, écriture évocatrice aux couleurs de l'Inde, ardentes, chatoyantes et sanglantes
  • Code-barres, Kriztina Toth (Hongrie)
    fragments comme des nouvelles, par une poétesse hongroise reconnue ; facettes de la vie d'une jeune femme dans les dernières années du communisme ; univers tragi-comique et images perturbantes, entre éclats de rire et sursauts d'horreur
  • La fille de l'Est, Clara Uson (Espagne)
    la fin pathétique de la fille du "Boucher de Bosnie" (Radko Mladic) prend des allures de tragédie shakespearienne moderne ; beau roman basé sur une histoire vraie, pleine de folie, de trahison et d'aveuglement
  • Le théorème du homard, Graeme Simsion (Australie)
    malgré un titre en français ridicule, un premier roman lu avec beaucoup de plaisir ; registre de la comédie romantique comique, parfois burlesque, pour une histoire plus grave qu'il n'y parait : la douleur et les difficultés à vivre d'un idiot savant (autiste asperger)
  • La mauvaise pente, Chris Womersley (Australie)
    ce premier roman adopte avec virtuosité les codes du roman noir anglo-saxon classique : drogue, prison, cavale, vengeance
  • Mourir pour la patrie, Akira Yoshimura (Japon)
    la mort et l'enfance sont les thèmes récurrents du grand auteur japonais disparu ; son petit héros collégien-soldat est plongé dans l'horreur d'Okinawa en mars 1945 ; quelle connerie, la guerre ! mais quel beau roman !
  • Dans la barque de Dieu, Kaori Ekuni (Japon)
    par amour, une mère impose à sa fille une vie d'errance hasardeuse : mère indigne ou mère courage ? étrangeté d'un isolement affectif et social volontaire, charme et sensualité des décors naturels, intériorité, sensibilité
  • Le désordre AZERTY, Eric Chevillard
    recueil de textes courts sous forme d'abécédaire ; légèreté, impertinence et fantaisie ; jeux d'écriture, télescopages, fausses conférences, vraies réflexions
  • Buvard, Julia Kerninon
    histoire de possession spirituelle entre créateurs, convaincante et dérangeante ; écriture romanesque puissante pour une très jeune écrivain
  • Opération Sweet Tooth, Ian McEwan (Royaume-Uni)
    j'ai retrouvé avec jubilation l'élégance perverse et le goût de l'auteur pour le porte-à-faux et l'ambiguïté dans ce roman d'espionnage soft ; prétexte à des réflexions ambivalentes sur la liberté culturelle, l'indépendance artistique, les interactions entre réalité et fiction
  • Le rire du grand blessé, Cécile Coulon
    un conte d'anticipation : littérature et lecture comme cibles du totalitarisme ; parabole habile sur les liens entre le politique et le culturel ; quatrième roman d'une très jeune écrivain
  • Les promesses, Marco Lodoli (Italie)
    trois histoires, trois femmes, différents registres de la sensibilité féminine : spirituel, passionnel, maternel ; des vies apparemment ordinaires que de subtils décalages transforment en paraboles frôlant le surnaturel
  • La robe des léopards, Kristofer Jansma (Etats-Unis)
    un écrivain revient sur les lieux de son enfance et se souvient de l'origine de sa vocation précoce ; premier roman brillant, tourbillon narratif, personnages à transformations ; un narrateur mythomane qui embobine le lecteur dans un dédale de faux-semblants, vrais mensonges et fausses vérités
  • Le dernier seigneur de Marsad, Charif Madjalani (Liban)
    saga d'une dynastie beyrouthine puissante jouant habilement sur l'ambiguïté des sentiments que le héros suscite : admiration, haine, rejet, compassion
  • Je ne retrouve personne, Arnaud Cathrine
    un écrivain à l'approche de la quarantaire dresse le bilan en demi-teinte de son existence ; on ne s'ennuie jamais avec un personnage pourtant au bord de la dépression !
  • Sofia s'habille toujours en noir, Paolo Cognetti (Italie)
    premier roman utilisant la technique de la nouvelle pour dix moments de la vie d'une jeune fille en révolte, ado fantasque tendance gothique aux pulsions mortifères ; on pense à Carson McCuller et J.D. Salinger
  • Guide du loser amoureux, Junot Diaz (Etats-Unis)
    neufs courts récits dont le narrateur est un jeune noir américain d’origine dominicaine qui sert de miroir à l’auteur depuis ses débuts en écriture ; un arrière plan familial très présent avec ses tragédies ; style chaleureux, familier, et très évocateur de la joie de vivre latino pouvant basculer pour un rien dans l’exagération, la farce, ou le drame
  • La pendue de Londres, Didier Decoin
    roman historique à deux voix en contrepoint : le dernier bourreau de Londres et sa dernière "cliente" ; évocation réussie de l'Angleterre des années 50 ; l'histoire est tout à fait véridique
  • Trois grands fauves, Hugo Boris
    portraits de trois grandes figures, des forces de la nature : Danton, Hugo, Churchill ; failles, addictions, bestialité, monstruosité, courage, panache
  • La méthode du crocodile, Maurizio di Giovanni (Italie)
    très efficace et angoissant roman policier se déroulant à Naples, violence suggérée plus efficace que la description d'un bain de sang
  • Contrecoup, Rachel Cusk (Royaume-Uni)
    une femme dévastée par son récent divorce cherche la force de résister au contrecoup du désastre familial ; texte exigeant d'une grande lucidité sur un thème universel
  • La femme pressée, Imma Monso (Espagne)
    saga familiale riche en rebondissements et conte philosophique sur la quête difficile de la sérénité et du lâcher prise
  • Manger le vent à Borobodur, Olivier Germain-Thomas
    un moine bouddhiste conseille à l'écrivain-voyageur de “manger le vent” (marcher) plutôt que poser mille questions ; friand de contacts le voyageur vit nombre de mini-aventures romanesques ; réflexions jubilatoires sur l’art de voyager et d’écrire sur le voyage

 

 

 

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