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[lu] chroniques syriennes

[babelio, masse critique] repulse bay, roman d'olivier lebé

éditions La Grande Ourse,lien mars 2013, 176 pages, 16 euros
lu pour l'opération Masse Critique de Babelio lien (on choisit un livre dans une liste de nouveautés, on reçoit le livre, on donne son avis sur le livre)

en 4ème de couv : "En partant à Hong Kong pour une mission professionnelle, le narrateur saisit l’occasion de fuir une vie qu'il a prise en horreur. Il s'installe dans une petite station balnéaire huppée de la côte sud de l’île de Hong Kong, où il a pour voisine une star de cinéma chinoise, Beverly C. Leur relation déclenche en lui un ébranlement intérieur dont les dérèglements climatiques deviennent la métaphore. Comme un insecte se cogne sur une vitre, il tente vainement de briser les images qui le fascinent et l'emprisonnent : la beauté de Beverly, les reflets de sa vie publique, les lumières de la Skyline, les miroirs du pouvoir et de la rivalité. Il reste un spectateur pour qui tout fait signe et pourtant rien ne fait sens. L’atmosphère magnétique de la ville et son énergie équivoque le forcent à plonger en lui-même et à découvrir une liberté nouvelle."Un très beau titre.
 Etrange et fascinant premier roman d'Olivier Lebé.

Attraction et répulsion, entre un homme (le narrateur, français expatrié) et une femme (une sublime actrice chinoise) ; entre une ville (Hong-Kong) et cet homme jeune qui rejette son passé et ne s’autorise que de parcimonieux flashbacks sur sa vie occidentale.

Qui, pour baptiser d'un nom aussi négatif une station balnéaire huppée, sauf à vouloir y mettre de la pensée magique positive pour repousser au large de la baie ainsi nommée, les requins, les typhons, les indésirables ?

Le narrateur est-il visé par cet envoûtement, ou secrète-t-il lui-même le poison qui fait naître l’obsession du rejet ?

Olivier Lebé liendonne peu de clés pour comprendre son héros-narrateur.  Pierre (c’est seulement à la page 151 qu’on apprend qu’il se prénomme ainsi)  est une sorte de chercheur de fiction : l’analyse des requêtes d’information sur internet permet de dégager l’émergence de thèmes sensibles. Ce matériau sert aux jeux de simulation, ou pour alimenter en “prédictions” les grandes conventions internationales. Pierre travaille avec plus de résignation que d'enthousiasme sur le sujet-clé de la climatologie et des catastrophes météorologiques.

“ Aujourd’hui je collecte des histoires, j’en découvre en train de s’écrire, je les recompose pour en créer de nouvelles.”

A partir de quelques indices énigmatiques l’auteur dresse le portrait d’un homme complexe, désabusé et pessimiste, peut-être paranoïaque. Il connaît pourtant bien la Chine, ses codes, ses énigmes. Il a choisi en connaissance de cause sa nouvelle vie. Tout lui paraît normal au début, même sa rencontre avec la magnifique Beverly C., et la passion qu’ils partagent. Les choses se défont et tournent lentement au cauchemar feutré avec la dérive de ses sentiments : agacement, peur, rivalité, abandon, solitude.



“ Ce que j’ignore d’elle me semble un abîme que rien ne pourra combler.”

Poésie et nihilisme font paraît-il bon ménage en littérature. Je ne suis pas une spécialiste, mais l’originalité de ce texte sobre m’a touchée et m’obsède encore, plusieurs jours après sa lecture. Le vertige du personnage est accentué par le décor et l'ambiance science-fiction de fin d'un monde. L'écriture ciselée d'Olivier Lebé rend palpable l’appel du vide existentiel au bord duquel son narrateur évolue. 

“ Dans ce bruit constant qui équivaut au silence, les grandes villes côtières attendent leur dilution finale dans l’océan originel. Leurs habitants se tiennent prêts, étroitement rapprochés, usant le temps avant le surf ultime. Tout le monde sait, tout le monde sait depuis toujours. La nature n’est pas un spectacle de bonté. ”

 

>> nominations pour les prix de la rentrée littéraire 2013 :

 

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"Jean Chalon nous a écrit que Beverly, l’héroïne de Repulse Bay, lui avait fait penser à celle d’Hécate et ses chiens, et qu’il y avait du Paul Morand en Olivier Lebé. Selon lui, Lebé mérite tous les lauriers… On ne pouvait espérer mieux !"

 

  • à compléter

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