[nabe, extrait] rené giner (19?? - 2012), tombeau pour un jazzman méconnu
[lu] éloge littéraire du piratage informatique

[rentrée littéraire] brioche, roman de caroline vié

éditions JC Lattès, août 2012, 220 pages, 17 euros

lu pour les Chroniques de la rentrée littéraire Chroniques

en quatrième de couverture : « Il paraît que tu n'es pas très beau. Tout le monde me le dit et c'est sans doute un fait. Je le vois. Je le sais. Tu transpires un peu. Et j'ai rarement vu quelqu'un d'aussi mal fagoté. Quand tu marches, tu te dandines. Tes jambes sont arquées. Ta silhouette est un peu voûtée comme si ta tête était trop grosse, trop lourde pour le reste de ton corps. Tu as largement dix kilos de trop. J'ai bien vu tout ça. Mieux que personne. Mais j'aime chacun de tes défauts. Comme je suis seule à les chérir, tes faiblesses n'appartiennent qu'à moi.  Et puis, un jour, j'ai appris que tu étais marié. C'est là que j'aurais dû poser les armes, mais je ne l'ai pas fait parce qu'on ne change pas les rayures d'un zèbre. » Elle croise à longueur de journée des stars de cinéma, enchaîne les voyages exotiques, est mariée à un homme formidable qui lui a donné un petit garçon modèle. Bien sûr, elle s’ennuie.  Jusqu’au jour où elle le rencontre, au hasard d’une interview. Avant lui, elle ne savait rien de l’amour.  On ne soupçonne jamais les folies qui sommeillent en nous. Caroline Vié est journaliste de cinéma. Elle a longtemps participé à l’émission de Canal +, « Le Cercle », et travaille actuellement au quotidien 20 minutes. Mariée et mère de famille, elle vit en région parisienne. Brioche est son premier roman.Je vais le dire vite pour que ce soit fait et après c’est promis je dirai pourquoi : je n’ai pas aimé le Brioche de Caroline Vié.
Malgré toute l’indulgence que je voulais mettre dans la chronique d’un premier roman. Malgré le respect que j’ai toujours pour le travail d’un (ou une) primo-écrivant. Malgré (ou à cause de) certaine reconnaissance des efforts produits pour (me) plaire.
A tel point que j’ai voulu en avoir le cœur net, lire quelques avis de chroniqueurs amateurs, comme moi — ce qu’habituellement je ne fais jamais avant d’avoir remis ma copie. Juste deux, trois, pour voir. Bizarrement on y parlait de roman à croquer, de petite faim, de folie douce, d’eau à la bouche.
Ça m’a étonnée comme si on n’avait pas lu le même livre (pourtant si) ; mais ça m’a rassurée aussi : même si je suis un peu méchante ici avec Brioche, les internautes trouveront aussi des critiques laudatives et plus positives que la mienne.

L'effet de surprise quant au sujet est bien tenu, avec des indices malins, jusqu'à à peu près la moitié du roman, où l'on comprend de quelle sorte de bébé la narratrice s'est entichée au point d'aller jusqu'au rapt. L'attention est alors plus difficile à soutenir car les dérapages tragico-comiques de la fin sont alors plutôt attendus.

Ce que je reproche à Madame Vié, c’est justement de ne pas avoir fait assez effrayant, anxiogène, cauchemardesque, sadique, tant qu’elle y était. D’avoir hésité entre, d’un côté Stephen King (Misery) et Jauffret (Claustria, Sévère), et de l’autre entre Amélie Nothomb et... Amélie Nothomb. Mon goût personnel me faisant évidemment pencher pour les premiers quand il s’agit de littérature horrifique...

Il fallait pour ce thème moyennement original mais très fort de vampirisme affectif, une écriture à mon goût plus brutale et psychotique. C’est peut-être juste ça qui ne va pas : l’histoire et le style qui ne s’accordent pas.

“ C’est sûrement à force d’avoir une existence de carte postale que j’ai fini timbrée. ”
— écrit (ou dit, ou se dit) l’héroïne. On peut aimer, moi pas. Pourtant je ne déteste pas toujours l’à-peu-près sarcastique, le décalage marrant, la comparaison tirée par les cheveux. Caroline Vié est forte en métaphores. Très forte. Seulement, trop d’images tuent l’image. Je ne dis pas que ce sont des clichés, bien au contraire. Caroline Vié a tout un catalogue de comparaisons et de références très sophistiquées et érudites avec lequel elle joue et se délecte sur plus de deux cents pages. Un peu fatigant.



Une chose que je ne retirerais pas - ou plutôt si, mais que je mettrais de côté pour en faire un autre livre - ce sont les scènes professionnelles, les interviews de vedettes du cinéma, les conférences devant la presse spécialisée, les critiques de films. Certains portraits sont délicieux, comme celui de Yolande Moreau, d’autres très vachards (de Niro, Willis, etc.). Ils m'ont semblé très justes. J’en redemande. Sous une autre forme.

Pour continuer ma série :  " Je proposerais bien un autre titre pour ce livre...”,  j'ai choisi :

( ... )

Original et intrigant, collant bien au sujet, mais qui ne serait pas un cadeau pour les moteurs de recherche !

Commentaires