[masse critique] maudite soit-elle, roman de vincent desombre
[anticipation] dis-moi grand-mère...

[lu] the beekeeper and the bee, album de kate lynch

 peintures, dessins, et paroles d'apiculteurs du Somerset,lien exposition à Glastonbury du 16 juin au 28 juillet 2012

(c) Kate Lynch -- 80 page full-colour hard back book, includes the voices of the beekeepers, a foreword by BBC broadcaster Martha Kearney, and 30 colour and 10 black and white illustrations — 15 Livres, hors frais d'envoi — peintures et dessins en vente, contacter l'artiste : 01458 250367

Ce livre magnifique m'a ouvert les yeux sur une insuffisance de mon éducation 100% citadine : jusqu'à hier je ne savais pas grand'chose de l'histoire merveilleuse des courageuses petites abeilles.
Ai-je séché des cours de sciences naturelles au lycée ? Pas mon genre.
Manque de curiosité, peut-être ; après tout il y a des ruchers dans Paris !
J'avais entendu souvent vanter les talents de ces industrieux insectes, discuter de leur instinct dans lequel certains voient une intelligence sociale. Mais sauf grave atteinte d'amnésie, personne ne m'avait jamais raconté jusqu'ici l'aventure de l'essaimage, ni décrit les prouesses architecturales des ouvrières, encore moins expliqué la vie sexuelle hors normes de la l'abeille-reine-mère dans la ruche. Quant au miel, à la gelée royale et à l'hydromel je n'en ai vu que dans des récipients sur des rayonnages.
J'étais bien loin d'imaginer tout ce qui précède depuis le pompage du pollen et du nectar des fleurs par les butineuses, jusqu'au travail de l'apiculteur qui descelle les alvéoles de cire et extrait le miel des rayons de la ruche.

Pour ce livre, mon amie Kate a passé plus de deux années à regarder travailler au plus près les apiculteurs du Somerset. Dans le même temps elle a dessiné et peint ce qu'elle voyait, dans le style qui lui est propre, celui qu'elle avait déjà développé pour son étude sur l'osier,lien et ensuite celle sur les moutons.lien Avec ses fusains ou ses couleurs, Kate raconte les saisons, documente et illustre les activités rurales de la région qu'elle habite et qu'elle aime. C'est très original et très beau.

(c) Kate Lynch, 2012 — de gauche à droite : Honey Bees On Blackberry Flowers 26x28 — Roy capturing a swarm 95x66 — Eleanor And Rosemary, The First Opening Of The Hive Oil on paper 53x55

Les témoignages d'apiculteurs rassemblés par Kate Lynch sont en anglais ; mais ne connaissant rien au sujet, et même si  il y a un glossaire apiculture à la fin du livre, il me fallait  une référence en français pour acquérir les fondamentaux d'apiculture qui me manquaient...

 

 [lu] la vie des abeilles, essai de maurice maeterlinck,lien 1901 

Paru en 1901, "La vie des abeilles" de Maeterlinck n'est pas seulement le plus accompli des trois livres (les fourmis, les termites, les abeilles) qu'il consacre aux insectes organisés en société.  C'est la langue rigoureuse et miroitante de ce grand du théâtre et de l'opéra qui vient se mettre à l'épreuve de la ruche, de l'organisation sociale, de la mort et du travail des abeilles.  Alors émerveillement dans ce rapport de la langue au réel, et tout ce qu'elle questionne, des signes, de l'orientation, de l'obéissance.  Mais émerveillement parce que l'art de poser les questions est celui qui surgit de notre propre interrogation sur notre destin.  C'est ce qui fait de ce livre, depuis bien longtemps, un grand, un très grand classique.  (François Bon, éditeur)Cette lecture est incroyable ! Et dire que Maurice Maeterlinck à également écrit une Vie des Termites (1926) et une Vie des Fourmis (1930)... A part quelques rares envolées un peu antropomorphiques, la description de la vie d'une ruche au long des saisons du printemps à l'hiver est un régal d'équilibre entre vérité documentaire et poésie. Et quelle langue !

Voici un extrait du Livre VI — Le Massacre des Mâles :

Après la fécondation des reines, si le ciel reste clair et l'air chaud, si le pollen et le nectar abondent dans les fleurs, les ouvrières, par une sorte d'indulgence oublieuse, ou peut-être par une prévoyance excessive, tolèrent quelque temps encore la présence importune et ruineuse des mâles. — Ceux-ci se conduisent dans la ruche comme les prétendants de Pénélope dans la maison d'Ulysse. Ils y mènent une oisive existence d'amants honoraires, prodigues et indélicats : satisfaits, ventrus, encombrant les allées [entre les rayons de la ruche], obstruant les passages, embarrassant le travail, bousculant, bousculés, ahuris, importants, tout gonflés d'un mépris étourdi et sans malice, mais méprisés avec intelligence et arrière-pensée, inconscients de l'exaspération qui s'accumule et du destin qui les attend. Ils choisissent pour y sommeiller à l'aise le coin le plus tiède de la demeure, se lèvent nonchalamment pour aller humer à même les cellules ouvertes le miel le plus parfumé, et souillent de leurs excréments les rayons qu'ils fréquentent. Les patientes ouvrières regardent l'avenir et réparent les dégâts, en silence.

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