[lu] the beekeeper and the bee, album de kate lynch
[clip] god bless the child...

[anticipation] dis-moi grand-mère...

Pour son grand pique-nique estival au Parc de Bercy le dimanche 1er juillet,lien Babelio proposait un jeu d'écriture sur le thème de la rencontre.
Voici ma petite histoire dont les personnages se reconnaîtront un jour sans doute, vers l'an 2050, si ce blog existe toujours.

 >>> dimanche 1er juilletlien : and the winner is... me!


La Rencontre — (c) Stefany Tremblay / Eruoma Awashish - Acrylique sur toile 2008— Mammy, raconte-moi comment tu as rencontré grand-père.

— Heu... tu sais ma petite fille, les choses ont beaucoup changé. Il faudrait que je te parle d’un temps et d’un mode de vie que tu ne peux même pas imaginer.

— Allez grand-mère, je suis plus un bébé, accouche !

— Tu l’auras voulu : ton grand père et moi, nous nous sommes rencontrés dans la vie réelle...

— Dans quoi ?

 

— Tu vois ma chérie, je t’avais prévenue... En ce temps-là on disait “IRL”, mais ce n’était pas du tout ir-réel, bien au contraire. J'avais vingt ans, c’était au début du mois de juillet 2012, juste après les concours. Il faisait beau, il y avait des pique-niques organisés un peu partout sur les pelouses des squares et des parcs dans tout Paris. Maintenant avec le couvre-pollution ce ne serait plus possible. Nous pouvions sortir à n’importe quelle heure, nous promener n’importe où. Pas comme aujourd’hui où les sorties sont réglementées et autorisées seulement dans les cas graves. Par contre il faut reconnaître que les conditions de logement et le confort n’étaient pas les mêmes. Les appartements étaient très petits, pas du tout climatisés, alors on se retrouvait entre amis au dehors, dans les cafés l’hiver, le long de la Seine l’été. Sinon, on avait déjà des réseaux sociaux qu’on utilisait pour se donner rendez-vous. Mais les noms ne te diront rien : Facebook, Twitter, Babelio...

— Grand-mère ! Rebranche ! Tu diverges... tu disais qu’un jour d’été en 2012... ?

— Ah oui, pardon mon petit, tu as raison, je radote. Tu sais à l’époque je lisais beaucoup, pas comme toi maintenant. D’ailleurs les livres comme ceux que nous lisions, ça n’existe plus. Je vais encore t’ennuyer si je te raconte... Bref, je m’étais inscrite à un réseau social dont les membres comme moi aimaient les livres, et parler de leurs lectures. Alors je suis allée un dimanche au rassemblement appelé par le réseau dans un grand parc qui n’existe plus aujourd’hui. J’avais apporté mon pique-nique dans un panier et aussi un roman que j’avais spécialement choisi pour servir de lot au grand tirage au sort de livres qui serait organisé dans l’après-midi. On nous avait demandé de l’emballer comme un paquet-cadeau pour garder le mystère. Je me souviens, c’était Les Chroniques Martiennes de Ray Bradbury. J’avais écrit un petit mot sur une page blanche du livre avec mon pseudo, pour expliquer que j’aimais beaucoup ce recueil de nouvelles dont l’auteur venait justement de mourir très âgé. Enfin à l’époque cela nous semblait un âge très avancé, 91 ans. Aujourd’hui quand on meurt à 110 ans, c’est dans la fleur de l’âge.

— Mammy... !

— Ah oui ! Donc : il faisait très beau, il y avait plein de monde. Je ne connaissais personne, mais les organisateurs avaient prévu des jeux littéraires, des quizz, qui peu à peu ont rapproché les participants. Et puis le moment de la loterie est arrivé. Le tirage au sort m’a attribué un petit paquet mal fagoté dans un papier cadeau rouge un peu fatigué. Impatiente de découvrir mon lot je m’apprêtais à déchiqueter l’emballage, mais tout en gardant un œil sur le paquet que j’avais remis à la loterie ; et là, justement, il venait d’être tiré au sort et remis à un jeune homme que je n'avais pas remarqué jusqu'ici. Je m’approchais de lui précautionneusement pour surveiller sa réaction sans qu’il m’aperçoive, tout en ouvrant mon propre paquet. Bingo ! Chaque paquet contenait la même édition poche des Chroniques Martiennes ! Je n’eus même pas besoin de vérifier que le pseudo inscrit sur son badge figurait aussi sur mon livre. Nous nous faisions face, émus et souriants. A la nuit tombante nous étions les derniers sur la pelouse, insensibles au frais qui venait, nous avions encore tant de choses à nous dire...

— Ah, c’est tout ! Mais après, grand-mère, qu’est-ce qui est arrivé, après ?

— Après ? Ray, ton papa, est arrivé neuf mois plus tard. Avec ton grand-père quand on reparle de ce temps-là, on dit que c’était notre Close Encounter of the Third Kind à nous, mais ça tu demanderas à ta mère de t’expliquer...!

babelio.com > forum > café littéraire > un jeu d'écriture pour le pique-nique Babelio ! en plus du beau diplome dont je suis très fière, j'ai gagné un album de Sempé, et "Une Année studieuse" d'Anne Wiazemsky


 

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