[masse critique] zanzaro circus — 1. windows du passé surgies de l'oubli, roman de jack-alain léger
[citation] et si c'était pour ça ?

[e-lu] enjoy, premier roman de solange bied-charreton

chez Stock, 240 pages, janvier 2012 - Enjoy est une peinture de la « Génération Y », la net generation, jamais loin de ses écrans de contrôle, mais qui le perd, sincère à défaut d’être cynique, en proie au désoeuvrement dans l’enfer du voyeurisme — Charles Valérien est un jeune homme d’aujourd’hui. Il a hérité à vingt-quatre ans l’appartement de sa marraine à Passy. A décroché son premier emploi. S’est acheté des meubles sur Internet. S’est filmé en train de poser son parquet. Un beau début dans la vie, une vie qui n’a cependant de valeur que dans le virtuel. Pour lui comme pour ceux qu’il fréquente, c’est sur ShowYou, le réseau social le plus fréquenté au monde, qu’on s’exprime, qu’on existe et qu’on se montre sous son meilleur jour. Mieux, qu’on gagne le respect de ses supérieurs hiérarchiques.  Il rencontre au même moment Anne-Laure, dite « Al », étudiante à la Sorbonne, et les membres farfelus de son groupe de rock. Aucun d’entre eux ne possède de compte utilisateur sur ShowYou. Un monde existerait donc, en dehors d’Internet. C’est de ce monde, en plus d’Anne-Laure, dont le narrateur tombe amoureux.  Un danseur androgyne, une blogueuse en colère, une vieille dame asociale et un écrivain obèse, miroir déformé du jeune homme dans sa solitude, animent également cette fable contemporaine où le divertissement à tout prix n’a pas raison de l’ennui, où celui qui assiste à la vie des autres ne domine pas forcément la sienne, où l’ennemi n’est pas celui qu’on croit.Solange Bied-Charreton ? D’abord j’avais pas fait le rapprochement, shame on me!
Moi je connaissais Albertine, punk à diplôme (sic), dont le blog que j’aimais, abandonné, a fini mangé par les petits cochons chinois  !
Disparue encore, Albertine ?
Et puis l’autre jour dans le Nouvel Obs, une colonne entière dans la rubrique Livres, sa photo : Tilt ! mes neurones se sont reconnectés.
Stello, Albertine, Solange, joie ! Clic : Enjoy.ePub récupéré illico, dévoré subito.

Solange. Il faut dire que quatre années, l’écriture d’un premier bouquin, sa publication chez un grand éditeur, ça vous change évidemment. En 2008 j’avais brièvement mais agréablement croisé dans la vraie vie un gentil sosie d’Amy Whinehouse en jeune fille rangée et débarbouillée, et là sur le bandeau libraire, à 29 ans, c’est une belle femme brune au regard ibérique et fier, toujours sans fards, intimidante de gravité.

Drôle de type ce Charles Valérien, le narrateur de Enjoy qui nous décrit son quotidien par le menu. Un no-life, persuadé que ses contemporains vivent tous comme lui, ou sont morts socialement parlant. Vivre comme Charles c’est s’inscrire aux events que lui suggère son mur ShowYou, commenter les photos de ses amis. C’est comme ça qu’on montre qu’on existe. Par l’image.

Pas méchant, naïf, crédule, Charles a des circonstances atténuantes : quasi orphelin, son père s’est réfugié dans la folie, sa mère et sa soeur ont préféré fuir le foyer dévasté, sa marraine s’est suicidée en lui laissant un appartement en héritage. Il n’a plus de référents. En famille comme dans son premier poste professionnel, il est livré à lui-même. Personne pour lui expliquer le pourquoi et encore moins le comment de l’existence. Le vide, son vide, il le remplit des images des autres, des vidéos qu’il consulte ou qu’il enregistre sur ShowYou, le réseau social le plus important du monde (sic).

Fenêtres sur écran, fenêtres sur cour. La dérive de Charles vers le voyeurisme est tranquille, inconsciente, et dénuée de toute culpabilité.

Et puis un jour Charles tombe amoureux. Et des nues. Impensable : sa belle n’a pas de photo de profil. Quand Charles parle de profil, c’est pas dans le sens numismatique du mot. Anne-Laure, Al (...Al...bertine ?),  est résistante aux réseaux sociaux. Elle s’évade dans les livres qu’elle lit, dans la musique qu’elle joue, et ça c’est incompréhensible pour Charles, totalement inconnu.

Raconté comme ça Enjoy ressemblerait plutôt au scénario d’une bande dessinée, alors que Solange Bied-Charreton en fait un conte philosophique, jubilatoire, mais finalement assez sombre. A travers les deux personnages principaux Charles et Al, et quelques comparses, elle compose un panorama très complet et détaillé des comportements des jeunes internautes, et de leurs interactions avec leur entourage, avec l'entreprise. On apprend plein de choses, mais grâce à une vraie écriture, originale, à la fois savante et divertissante, on évite la simplification et le plombant d'une étude sociologique ou journalistique.

C’est drôle, ironique, étrange, et un peu contre l'époque (sic).
Enjoy! Enjoy...

réclame Coca Cola

Un truc marrant : sur le site de l’éditeur, la version anglaise de la fiche livrelien pour Enjoy est plus longue que la version française qui correspond sans doute à la quatrième de couv non fournie en numérique (pourquoi ?). Voici le bonus british :

" The very dictatorial ShowYou is used avidly by Solange Bied-Charreton’s chosen narrator who is just entering adulthood; and in it the reader will recognise Facebook, Twitter, YouTube… Because Enjoy is the portrait of a generation intoxicated by social networks – a disenchanted portrait but one with its own caustic sense of humour.
Solange Bied-Charreton describes a world she knows well: amongst other things, she wrote a literary blog from 2005 to 2010, and is still a presence on the web through the articles she writes about literature and music. ”
>> articles de SBC pour Causeur.frlien
>>
Solange Bied-Charreton raconte sa semaine dans Libérationlien

 

>>  des blogueurs qui ont lu Enjoy (liens) :

 

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