[soutien] collecte des restos du coeur, les 4 et 5 mars 2011
[friends] une vie d'artistes

[expo] jossot caricatures, de la révolte à la fuite en orient (1866-1951)

Bibliothèque Forney, 1 rue du Figuier Paris 4e, du 1er mars au 18 juin 2011
(mardi à samedi de 13h à 19h)

Jossot (1866-1951) - autoportrait, 1903 - Maître de l’affiche et dessinateur incontournable de “L’Assiette au Beurre”, Jossot a donné à la caricature son statut d’art moderne. Dessinateur avant-gardiste, antimilitariste et anticlérical violent, Jossot considérait la caricature comme un art à la fois décoratif et expressionniste. Ecoeuré par le matérialisme de l’Occident, Jossot est allé vivre en Tunisie où, attiré par le mysticisme musulman, il s’est converti à l’islam en 1913 avant d’achever sa vie en sceptique. Non content de fustiger les comportements grégaires des suppôts de la société industrielle, il a ainsi défié les conventions et foulé les frontières idéologiques. Parce qu’elle est avant tout l’oeuvre d’un philosophe assoiffé d’absolu, sa caricature est le lieu d’une quête métaphysique qui s’exerce avec une exigence, une franchise et une profondeur étonnantes. -- d’après la quatrième de couverture du catalogue de l’exposition -- Michel Dixmier et Henri Viltard, spécialistes de Jossot Je remercie beaucoup Laurent (Lolmède) qui m'avait envoyé un carton, et m'a fait découvrir ce personnage étonnant et son œuvre singulière et magnifique.
On se pressait lundi soir dans les salles de l'exposition à l'Hôtel de Sens, pour l'inauguration de l'exposition, à l'invitation du Maire de Paris.
Il n'y avait pas que des spécialistes, loin de là. Les exclamations de surprise et d'admiration fusaient devant les lithos, affiches, peintures, vitrines.
A part les dessinateurs de la presse satirique actuelle, qui connaissait Gustave-Henri Jossot, sa vie, son œuvre ?
Même Lolmède me disait sa surprise devant l'étendue et la force de l'accrochage (très soigné malgré l'exiguïté historique des lieux).
Pas sûre qu'il y aura autant de monde pour visiter l'exposition Jossot après l'inauguration !
J'en profiterai pour aller la revoir en détail, au calme.

En attendant, comme j'ai l'habitude, c'est plutôt d'à-côtés plus ou moins hors-sujet, dont je vais parler ici, plus que de l'événement lui-même.

Jossot par Lolmède

cliquer pour agrandir : planche de Lolmède pour "EN VUE" le magazine des Bibliothèques de la Ville de Paris.

A gauche : la vie de Jossot né à Dijon en 1866, dessinée et commentée par Lolmède en une seule planche pour la revue En Vue. Cliquez dessus pour l'agrandir : les commentaires du dessinateur sur chacune des cases valent leur pesant de moutarde...

C'était marrant. En parcourant l'expo tant bien que mal dans la cohue, je me suis retrouvée devant la planche de Lolmède accrochée, et justement son auteur était devant (nous tournions dans les salles en sens inverse l'un de l'autre).

Le travail de Lolmède pour la revue des Bibliothèques Municipales est exposé avec les hommages actuels et les références à Jossot par des graphistes de Charlie-Hebdo, Siné Massacre, etc.

Tous ces gens qui regardaient le dessin, tout en marchant sur les pieds de l'artiste, sans le savoir !
Moi, je savais.

 

 


  

quelques citations coup-de-poing de Jossot pour situer un minimum le personnage

 “ Je vis en dehors du troupeau ; je vous fuis tous, vous, vos bergers et vos chiens. ”
(lettre, 1939)

Mincedetrogne “ Nous a-t-on suffisamment rasés ? Nous rase-t-on encore assez avec le Beau, ce mot que nul n'a jamais pus définir ? A mon avis, une gueule tirée, tordue, déformée par la souffrance, la colère, le rire, ou la frayeur, est mille fois plus Belle malgré sa laideur, que la tête insipide et inexpressive de la Vénus de Milo.

Ah ! L'expression et le mouvement !... C'est l'art tout entier !

Baudelaire a perdu une riche occasion de poser sa plume et de rouler une cigarette le jour où il écrivit :

 "Je hais le mouvement qui déplace les lignes
Et jamais je ne pleure, et jamais je ne ris."
1

 1. Vers extraits de "La Beauté" dans Les Fleurs du Mal.
(lettre, 1897)

“ A-t-il besoin d'un dieu, celui qui croit en l'Intelligence et qui sait qu'elle s'incarne en chacun de nous ? A-t-il besoin d'une religion, celui qui comprend la Vie Universelle et son éternel mouvement ? A-t-il besoin d'une morale, celui qui fait ce qu'on est convenu d'appeler le bien pour échapper aux atteintes de ce qu'on est convenu d'appeler le mal ? A-t-il besoin d'une patrie, celui dont le regard est assez vaste pour embrasser la terre et les hommes qui vivent dessus ? A-t-il besoin d'une loi celui qui sait se conduire lui-même ? A-t-il besoin de maîtres, celui qui est un homme libre ? ”
(Viande de “Borgeois”, 1927)

[Le Fœtus Récalcitrant] est une protestation contre l’agitation moderne. En notre époque où l’on ne songe qu’à gagner de l’argent elle sera considérée comme l’élucubration d’un vieux fou. Tant mieux : lorsque les agités nous décernent un brevet de folie c’est que nous sommes près de la sagesse. Nous vivons en une époque où les penseurs sont obligés de se replier sur eux-mêmes et où ceux qui aiment l’Humanité ne savent pas si leur amour est plus fort que leur dégoût. ”
(lettre, 1927)

 On trouve "tout" sur Jossot sur le site que lui a dédié Henri Viltard.

Depuis la récente réédition du Fœtus Récalcitrant publié à compte d'auteur par Jossot en 1939, l'actualité de la révolte Tunisienne, et celle de l'exposition parisienne, semblent remettre Gustave-Henri Jossot à l'honneur, ces jours-ci.

l'étonnante tentation de l'Orient

Sentier“ Pendant trente ans je n'eus d'yeux que pour les laideurs qui se posaient devant moi, et quand, à bout de forces, exténué, saturé jusqu'à la vomiturition, le Miséricordieux me suggéra de passer la mer pour venir mouiller dans le hâvre [sic] islamique. ”

J'aimerais être capable de distinguer les différences et les similitudes dans la fascination pour l'Orient qu'ont eu nombre d'artistes au XIXe et XXe siècles : Delacroix, Loti, Rimbaud, Jossot, et sans doute beaucoup d'autres.
Je ne le suis pas.

 

 

 

 

rencontre avec Roger Trapp à l'exposition Jossot

Sa petite taille, des yeux rieurs, la petite moustache, un profil de gentille musaraigne, lui font l'allure d'un personnage de bande dessinée. A croquer.
On rêve de Roger Trapp dessiné par un nouveau Jossot ou par Lolmède !

le comédien Roger Trapp, né à Paris le 18 septembre 1932 Je l'avais vu en chair et en os au spectacle à Médrano en l'honneur de Pierre Etaix, et de la restauration de ses films.
Roger Trapp a joué dans plusieurs d'entre eux, et notamment Yoyo.
Il est également interviewé par Odile Etaix pour le petit documentaire-bonus du coffret DVD L'intégrale Pierre Etaix.

Nous avons bavardé, un verre de rouge à la main. Il m'a raconté des souvenirs de tournages surréalistes avec Jean-Christophe Averty qui lui faisait faire tout et n'importe quoi, comme jouer une pièce de théâtre de Picasso : Le Désir attrapé par la queue !

 

 

 

 

postscriptum nabien

Aquarelle de Marc-Edouard Nabe 

Le sujet, les volutes, le cerne du dessin, les couleurs franches... ?
La précocité, le premier job comme caricaturiste... ?
L'indépendance d'esprit, l'individualisme, la priorité artistique... ?
La tentation de la fuite hors de France... ?

Commentaires