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8 notes en novembre 2008

le croquant et le fondant

Malgré son titre à la Claude Levi-Strauss, ce billet ne devrait pas donner mal à la tête.Claude Levi-Strauss a cent ans
Mal au cœur ? Non plus.

La mode des desserts évolue, au restau comme à la maison. Hier nous goûtions des charlottes, des tiramisu, des crèmes brûlées. En attendant demain et la pâtisserie moléculaire, nous dégustons des crumbles.

Aujourd'hui l'importante question que je pose est donc :

le dessus d'un crumble doit-il être dur ou mou ?

Il en est des consistances comme des couleurs, tous les goûts sont dans la nature, la mienne, la sienne, la tienne.

Moi je préfère le croustillant, le croquant. Mais techniquement cela impose que le dessert crumblé soit servi à température ambiante. Ceux qui aiment mieux le crumble mou le serviront tiède après l'avoir passé au four. C'est le beurre qu'elle contient, qui en fondant  ramollit la pâte à crumble quand on la chauffe. Pour un crumble croquant, on cuira la pâte à part et on l'émiettera au dernier moment sur le dessert, comme un sablé (d'ailleurs pour les jours de grande flemme, émietter un galette bretonne, des spéculos ou du short-bread, est un workaround satisfaisant) .

Ceci est mon premier billet de cuisine ! J'ai même créé une nouvelle catégorie tout spécialement. Tant pis si c'est le premier et le dernier du genre.

Dans la suite de cette note, la recette et l'inévitable photo : panna cotta et compotée de pommes crumblée.

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[bonheurs] Pères & Fils (3) - les Zannini

Marcel Zanini le père, et Marc-Edouard Nabe le fils, jouaient ensemble au Duc des Lombards, ce samedi. Le père à la clarinette, au saxo et au chant, le fils à la guitare rythmique. Les autres membres du sextet sont  Philippe Autier au piano, Patrick Bacqueville au trombone, Pierre Maingourd à la contrebasse, Michel Denis à la batterie.

Standards swing, humour et tendresse. Pas un jazz violent ni revendicatif. L'âge n'altère pas la musicalité, au contraire ! La voix est toujours belle, le rythme chevillé au corps menu du petit jeune homme né en 1923.

Je n'ai pas trouvé d'extrait des derniers albums de Marcel Zanini et son sextet sur Deezer. A la place je mets une version de Honey Sucklemoon (Megan West) qu'ils ont interprété hier avec Odile Etaix (la charmante femme de Pierre Etaix [lien]) qui les avait rejoint sur la scène pour chanter.

Pssstttt ! Il y a aussi dans ma colonne de droite un jukeboxe avec les titres du dernier album d'Isabelle Carpentier (disponible a la Fnac et sur Amazon). Ecoutez-les !

C'est en lisant Alain Zannini [lien] il y a quelques années que j'avais découvert la filiation entre Marcel et Alain-Marc-Edouard [lien], dit Nabe ou encore MEN.

Mais ce n'est pas fini...

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[bonheurs] Pères & Fils (2) - les Sumner

Sting (Gordon Sumner à la ville) le père, Joe Sumner le fils, et tonton Elvis Costello, ensemble sur la scène du théâtre du Châtelet !

C'était jeudi dernier en soirée, pour la création sur scène en première mondiale de Welcome to the Voice, opéra contemporain de Steve Nieve et Muriel Teodori sur les rencontres improbables. Rencontres entre l'opéra classique et le rock-pop, entre les voix profanes et les voix sacrées, entre les passions humaines et les thèmes mythologiques, entre l'ouvrier sidérurgiste et la diva.


Je suis peut-être trop bon public mais je ne partage absolument pas l'avis des critiques mitigées lues ou entendues après la représentation. Sur france inter, le journaliste parlait d'un spectacle plus détonnant qu'étonnant, qui manquait d'émotion. Dans Le Monde c'était l'éreintement en bloc, musique, livret, interprétation. Seules les quatre chanteuses lyriques et Sting trouvaient grâce aux yeux et oreilles du critique. J'ai aimé le spectacle, en bloc et en détails !


[bonheurs] Pères & Fils (1) - les Bayard

C'était le dimanche 17 novembre et leur troisième représentation de suite de Sur le quai,JeanLuc&Thomas pièce en un acte d'Alain Gras, dont les personnages sont les clowns du duo Caramel et Chocolat.

Sur scène Jean-Luc le père (mon frère) et Thomas le fils.

Un texte d'une grande poésie et tendresse un peu cruelle, une mise en scène sensible (signée Jean-Luc Bayard), de jolis intermèdes musicaux (d'Antoine Siguré), et deux acteurs...  Ah les acteurs ! Je les avais vu jouer il y a quelques mois en banlieue parisienne dans une version courte [lien]. Cette fois ils jouent trois quart d'heure et il y a de longs moments où Thomas est seul en scène, ce qui n'était pas envisageable quand ils ont commencé à monter le spectacle. Car comme je l'ai déjà raconté Thomas est un jeune homme pas tout à fait comme les autres. Maintenant quand il sort de scène, c'est lui qui vient à notre rencontre, son regard ne nous fuit pas. Il est joyeux et fier de lui. Nous aussi.

Le jeu théâtral est idéalement constructeur d'une identité pour Thomas. Jean-Luc a créé une structure pour promouvoir l'expression scénique contemporaine en y intégrant les personnes handicapées : La Compagnie du Fol Théâtre.
Toutes les idées sont bienvenues pour les aider à trouver des occasions de se produire en public.
Leur prochaine représentation :  le 10 janvier 2009 à 20h00 à la Grange du Pierron - Lailly en Val (Loiret)


[citation] vous faites quoi vous pour noël ?

Comme beaucoup d'adultes matures n'ayant pas encore eu de tout petits petits-enfants, je me sens ces jours-ci en parfait accord avec la mauvaise humeur de saison magnifiquement décrite par Annie Ernaux, dans Les années [lien]

"C'est déjà Noël soupiraient les gens devant l'appariton en rafale au lendemain de la Toussaint des jouets et des chocolats dans les grandes surfaces, débilités par l'impossibilité d'échapper durant des semaines à l'enserrement de la fête majeure qui oblige de penser son être, sa solitude et son pouvoir d'achat par rapport à la société -- comme si la vie entière aboutissait à un soir de Noël. C'était une vision qui donnait envie de s'endormir fin novembre et se réveiller au début de l'année suivante. On entrait dans la pire saison de désir et d'exécration des choses, l'apogée du geste consommateur -- qu'on accomplissait pourtant, dans la chaleur, l'attente aux caisses et la détestation, comme un sacrifice, un devoir de dépense offert à on ne sait quel salut, nous résignant à "faire quelque chose pour Noël", prévoir la décoration du sapin et le menu du déjeuner."

Mais voilà que je viens de trouver un petit quelque chose à faire pour sortir de ce marasme existentiel !
-- ... c'est quoi ? dis, c'est quoi ?
A découvrir en lisant la suite de cette note...

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dans la peau de Françoise Hardy

Samedi il pleut, beaucoup. A la radio Philippe Meyer parle avec Françoise Hardy qui a fait la programmation musicale de l’émission, forcément épatante. Même si c’est de la promo pour un livre, elle est bien faite, élégante et efficace. A quatorze heures il pleut toujours autant. Au Leclerc de Pontchâteau j’achète Le désespoir des singes et autres bagatelles. Dimanche, il pleut moins mais je lis toujours (l’ouvrage fait 390 pages).

Petite fille sage et docile, photo Jean-Marie Perierbonne élève, bachelière précoce, idole appliquée, maman dévouée [lien], fidèle par défaut de vitalité (analyse-t-elle), astrologue consciencieuse. L'autoportrait de l’artiste est sans complaisance et pousse assez loin dans l’autodénigrement heureusement non dénué d’humour. Comme je m’y attendais finalement, je me suis retrouvée souvent dans sa description de comportements sociaux et sentimentaux liés à une forte émotivité mal contrôlée, à une grande maladresse affective, à un perfectionnisme angoissé. Culpabilisation et image de soi brouillée complètent un encombrant bagage émotionnel que j’ai eu souvent l’impression de partager avec la douce et obstinée Françoise, en la lisant. Jusqu'à lui pardonner l'utilisation trop répétitive de l'expression bêtasse  "l'objet de mon tourment" qui désigne évidemment le plus souvent Jacques-le-chanteur, puis quelques fois aussi, un autre garde du cœur tardif de cette amoureuse farouchement monogame. La chanteuse raconte que lors d'une réception à New York, une dame américaine lui tombe dans les bras, la confondant sans vouloir en démordre avec Françoise Sagan (!). Pas si à côté de la plaque que ça finalement, la dame. Françoise et Jacques auraient pu être les beaux héros d'un roman de Sagan !

Ce samedi dans La prochaine fois je vous le chanterai sur france inter, grâce à Françoise Hardy et Philippe Meyer, j’ai entendu pour la première fois Melody Gardot  :


en attendant Goncourt

Le prix littéraire sera décerné lundi 10 novembre

Une fois trouvé ce titre de billet dont je fus fort aise, je me trouvai fort dépourvue quand l’heure de l’écrire fut venue.

A part la remarque fine que sur deux des couvertures illustrées parmi celles de la sélection Goncourt, figure un lion (Olivier Rolin  - aperçu a Manosque - pour Un chasseur de lions, et  Michel Le Bris pour  La beauté du Monde - et là, le lion est mort), je ne vis pas grand-chose à vous dire, n’en ayant lu aucun.

Je décidai alors d’en choisir un, de le lire, et de vous en parler dans mon prochain billet (ci-dessous en fait). Ce que je fis.


Où on va, papa ? récit de Jean-Louis Fournier

J'avais lu Il a jamais tué personne mon papa. Formidable.

Ce n'est évidemment pas un hasard, ce papa dans les deux titres, plutôt une fatalité. Mais ce n'est pas le même papa. Cette fois le père c'est lui, alors qu'il était le fils du premier récit. Son papa, le médecin alcoolique qui n'a cependant jamais tué un malade, est donc le grand-père postmortem de deux enfants polyhandicapés (moteur et cérébral).

Double peine, à peine imaginable et racontable. Récit poignant, totalement désespéré, jamais larmoyant. Style coup de poing, écriture au scalpel tranchant dans le vif du chagrin. Humour corrosif, auto-dérision dénuée de tout attendrissement, lucidité. Il ne s'épargne rien.

"J'aurais aimé qu'ils soient fiers de moi. [...] Si les enfants ont besoin d'être fiers de leur père, peut-être que les pères, pour se rassurer, ont besoin de l'admiration de leurs enfants."

Ni comme enfant, ni comme père, Fournier n'aura pu recevoir cette récompense affective vitale. Un magnifique travail d'écrivain s'est construit sur ce marasme familial. Résilience.

"Mes enfants ne ressemblent à personne, moi qui voulais toujours ne pas faire comme les autres, je devrais être content."

Fournier a été l'ami proche de Pierre Desproges avec qui il travaillait pour La minute nécessaire de Monsieur Cyclopède et d'autres choses encore. C'est lui Fournier, qui a composé le texte fameux de la dépêche AFP du 18 avril 1988 : "Pierre Desproges est mort d'un cancer. Etonnant, non ?".

La couverture du livre de Fournier chez Stock est trop noire pour avoir une chance au Goncourt. Dommage.

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