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12 notes en octobre 2008

[niguedouille] coming out

A l’ACMS, conversation avec le médecin du travail :

- et les trajets en voiture tous les jours, pas trop fatigants ? (sous entendu pour votre âge)
- heu non, je n’ai pas de voiture (il a du voir « cadre » sur ma fiche, sinon il m’aurait interrogée sur le stress induit par les transports en commun)
- ah très bien, c’est responsable et citoyen, mes félicitations Madame

Sauf que je n’ai jamais eu de voiture, et que mon permis qui a presque quarante ans est rose et frais comme au premier jour, intact et sans rides.Permis_conduire

Ma longue habitude des demi vérités bafouillées, lorsque la conversation vient sur les performances de telle automobile, le prix du carburant, les embouteillages, le retrait de points, la sécurité du réseau routier.
Mon mutisme gêné, jamais remarqué par mes interlocuteurs soudain absorbés par leur passion du sujet de la discussion.
Ne pas dire ma peur, mon manque de confiance en moi, en les autres, mes cauchemars, ma honte.
Ma jubilation intérieure lorsque j’apprends que telle ou tel acteur, chanteur, écrivain - surtout quand je l’admire - ne sais pas conduire.
Ma résistance inexplicable aux pressions de ceux qui savent que je ne sais pas et voudraient m’aider à me débarrasser de ce qu'ils considèrent unanimement comme un handicap terrible, de nos jours.

Et enfin, après si longtemps, ce joli petit mensonge en prêt-à-porter que m’offre l’homme de l’art !


[cri] pour les femmes de la République Démocratique du Congo

 Un homme pousse ce cri, je ne sais quoi faire d'autre que le relayer.
Les blogs, écrit-il ne servent plus à rien, qu'à permettre aux blogueurs de crier leur désarroi. Ecoutez :

Extrait d'un commUniferm_vertical_banner_120x240_en_0entaire de leblase sur leblasepointnet :

" [Eve Ensler, Les monologues du vagin] n'avait jamais vu ou entendu parler d'une aussi systématique politique du viol que ce qui se passe en République Démocratique du Congo, pays qui pourtant reçoit le plus gros (17000) contingent de casques bleus.
[J'ai raconté] que si les milices et autres groupes armés, dont certains sont les anciens massacreurs du Rwanda, violent systématiquement tout le féminin (fillettes et vieillardes comprises) c'est parce que là-bas comme souvent, la femme est le tissu social.
La femme est celle qui sème les champs, fait pousser les légumes. Plus tard l'homme moissonnera et transportera les cultures, puis les vendra.
Or, les femmes étant violées à un point que l'on n'ose décrire (leurs entrailles souvent détruites) fuient. Il y a maintenant, dans une des régions les plus fertiles et les plus belles du monde, des dizaines, des centaines de villages avec une, deux, parfois plus du tout de femmes.
La nourriture ne pousse plus. La vie s'en va."


www.saynotoviolence.org


Fanny, cruelle comédie

Tout ça est horriblement tragique, mais on peut manger, quand même ! (Claudine, acte II)

Fanny Théâtre du Vieux-Colombier, en soirée.
Les trois rangées de fauteuils derrière moi sont occupées par des écoliers joyeux, garçons et filles, un peu bruyants mais pas trop. En tout cas dès le lever du rideau et pendant les deux premiers actes, on ne les entend pas.

A l’entracte ils se décontractent gentiment. Ils sont en CM2 et quand je demande dans quelle école, « Doriac » me répond un petit garçon. Devant mon air interloqué, sa copine hausse les épaules et explique « l’école d’Aurillac ». Ce qui explique aussi l’accent chantant des enfants et des maitres qui les accompagnent.

Savoureux contraste avec le jeu « sans l’accent » des comédiens sur scène. C’est paraît-il une indication stricte de la mise en scène : pas d’imitation de l’accent provençal. Pour mettre l’accent (héhé) sur cette consigne, le seul personnage autorisé à chanter les mots, c'est le touriste parisien qui vient demander son chemin, et que personne ne comprend, O Bonne Mère. Mais si il n’est pas dans les voix, l’accent méridional est très reconnaissable dans les gestes des personnages. Tous parlent très naturellement avec les mains, entraînés par le texte ensoleillé de Pagnol.

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[liens] une autre vie devant moi

Entraînée par un billet de Claude à la recherche d’études sur les bénéfices du surf (sur le ouaibe !) pour les séniors, je découvre le programme pluslonguelavie mis en place par la Fing. Le sujet a de nombreuses facettes et la littérature autour est déjà abondante. Je commence à m’y plonger. Je me suis inscrite dès hier à l’atelier sur les réseaux sociaux. Dans mon message de motivation, j’écris :Pluslonguelavie

« Je serai à la retraite dans quelques mois. Mon projet de vie "après" comporte un volet bénévolat que j'aimerais exercer dans des domaines culturels et sociaux s'appuyant sur le développement des technologies d’information et de communication numériques.
Mon activité professionnelle m'a plongée depuis longtemps (dès 1980 !) dans l'environnement numérique, et j'ai très souvent communiqué sur mon engouement pour le développement des TIC, notamment sur mon blogue.
Récemment j'ai traduit en français plusieurs articles de danah boyd, universitaire américaine spécialiste des réseaux sociaux numériques et de leur appropriation par les adolescents.
Je vais peut-être paraitre naïve mais je suis certaine qu'il y aura des efforts auxquels participer pour évangéliser une utilisation pratique (simplifiée) et bénéfique d’Internet auprès de personnes âgées plus ou moins dépendantes. Leur apprendre à visionner les photos que leurs petits-enfants leur envoient, à utiliser les fonctions simples du mail, à consulter les programmes de cinéma, à rédiger leurs souvenirs, et même à surfer sur wikipedia, etc.
Pendant les prochains mois je ne pourrai pas m'impliquer énormément puisque j'ai encore une activité professionnelle à temps plein. Mais je désire ménager la transition en étant d'ores et déjà à l'écoute du programme pluslonguelavie. »

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Tilly meets Tilly

Samedi matin, au Bon Marché, récit d'une minuscule aventure émouvante.
J'ai fini mes achats au sous-sol, j'attends à une caisse. Derrière moi la jeune femme a un look british. Elle se détourne vers le fond du rayon et appelle : "Till,Till, Tilly !". Ebahie je lui demande si c'est bien Tilly qu'elle appelle. Elle confirme et je lui explique pourquoi ma question. Elle aussi est étonnée parce que c'est vrai, même en Grande-Bretagne, il n'est pas fréquent ce prénom. Une blondinette de sept huit ans arrive et sa maman lui demande de deviner comment elle s'appelle, la dame. Tilly répond après m'avoir dévisagée : "Diamond" ! !
Je lui répond que c'est joli Diamond, mais que non, moi je suis une Tilly aussi ! ! Sa maman m'explique que sur l'acte de naissance c'est Mathilda qui est inscrit, mais que la petite fille a toujours été appelée comme moi. Je n'avais jamais rencontré une autre Tilly en face à face.

Mais le plus étonnant est à venir....

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[niguedouille] comment j'ai sauvé des vies humaines

 Toujours samedi matin, métro ligne 12, vers dix heures trente. En montant à Sèvres-Babylone j'ai une place assise dans le sens de la marche. Ce sont les conversations de mes voisins qui me font comprendre pourquoi l'affluence inhabituelle à cette heure-ci un samedi en direction de PImagesorte de Versailles. Dès l'arrêt à Montparnasse-Bienvenüe la situation se dégrade nettement dans la rame où l'on se presse, et sur le quai où de nombreux voyageurs mécontents restent sans pouvoir monter. Falguière, personne ne tente la descente. Pasteur. Je m'extirpe de la voiture à grand peine, mon sac de courses siglé TBM manque de rester coincé derrière moi dans mes efforts pour gagner la porte. Le quai est bondé jusqu'au mur sur toute sa longueur. Comme je suis obligée de demander le passage pour gagner la sortie, il me vient une idée. J'invite les gens qui s'entassent sur mon chemin à me suivre plutôt que d'attendre la rame suivante. C'est comme ça que je regagne l'air libre en tête d'une colonne bariolée de candidats à la visite du Mondial de l'Automobile. En guide responsable, j'indique la direction à suivre rue de Vaugirard tout droit jusqu'au bout, et les temps de marche estimés en fonction de l'âge supposé de ceux qui m'interrogent. Le temps est radieux, l'air est frais, les sourires reviennent sur les visages des échappés du métro.


Manosque, non-photo n° 6 et dernière : Marc-Edouard Nabe

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La dernière de la série est une non-non-photo. Une que je n'aurais de toute façon même pas pu rater. Marc-Edouard Nabe n'a jamais été programmé aux Correspondances de Manosque, et l'eut-il été qu'il aurait sans doute refusé d'y venir. Pourtant les formes de l'écriture nabienne (journal, biographies, entre autres), son style et sa musicalité, se prêteraient formidablement, je trouve, à la lecture de ses textes par des comédiens ou des chanteurs. Par exemple ce que j'ai lu de lui pendant ces belles journées en Haute Provence : L'âme de Billie Holiday. Même si vous n'adorez pas le jazz, vous aimerez cette bio lyrique, violente, émouvante, emballante. Et si vous aimez le jazz, il faut la lire, là tout de suite, maintenant.

[illustration hors-sujet (presque) : articles de bonneterie, marché de Reillane]

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Manosque, non-photo n° 5 : Annie Ernaux

Place de l’Hotel de Ville, vendredi 26 septembre, un peu avant 19 heures, après la pluie
Sur la non-photo on voit l'estrade préparée pour le Tête-à-Tête de dix neuf heures. En fond pour décor de hautes étagères bourrées de livres. Cela rappelle un peu le plateau de Pivot pour Apostrophes. Sur le podium, trois bergères (fauteuils) vides face au public venu en nombre, avec au pied de chacune un marque-place portant en grosses lettres le nom du futur occupant. A gauche, Pascal Jourdana (l’apostropheur), au milieu Babeth Evrard (qui signe les entretiens de Manosque pour les mal-entendants). Le troisième fauteuil vide à droite, c'est la place d'Annie Ernaux.

DSC00815 La place, qu’Emmanuelle Devos lira intégralement au théâtre le soir même. Avec La place, son second roman, Annie E. avait obtenu le prix Renaudot en 1984. Mais là maintenant elle est venue parler des Années. Elle dit son bonheur d’avoir été récompensée cette fois par le prix Marguerite Duras, justement à cause de la grande admiration qu’elle a pour l’écrivain également scénariste et auteur de théâtre.

Annie lit de longs extraits de son roman, la voix est belle. Malgré qu’elle s’en défende, il y a bien un pont, une boucle, entre La place et Les années.

[illustration hors-sujet : la maison de nos amis à Reillane]

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Manosque, non-photo n° 4 : Jo Ros

Café de La Poste, samedi 27 septembre, vers 17 heures
Avec Paula et Charles tout juste rencontrés, nous nous installons dehors à un coin de la terrasse pour bavarder tranquilles et nous réchauffer d'un thé. Un peu indifférents c'est vrai à ce qui se prépare autour de nous, voire même légèrement irrités d'êtrAffiche-md_enf--21509e dérangés dans nos retrouvailles.

Un comédien lit des portraits de jeunes manosquins écrits par Jo Ros. Il accroche tout de suite notre attention, nous nous taisons et  l'écoutons. Et nous sommes encore plus intrigués quand Jo Ros et quelques uns de ses jeunes modèles interviennent à leur tour pour parler du mode opératoire.

Jo Ros est un artiste peintre qui écrit depuis quelques années. Il est chaleureux et on comprend que les jeunes qu'il a rencontrés pour écrire leurs portraits lui aient facilement confié leur "bio". Ils lui ont parlé, un à un, comme si ils avaient posé pour un tableau. Jo Ros écrit ensuite à la première personne ce qu'il a entendu, mais avec ses mots à lui. Chaque portrait est par la suite commenté et validé lors d'un nouvel entretien en tête-a-tête, et les retouches demandées par le modèle sont apportées par l'écrivain.

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